Le ravitaillement zéro déchet en course à pied

Dernière mise à jour Écrit par Running Club

Ravitaillement zéro déchet sur les courses à pied avec gobelets réutilisables, flasque obligatoire et tri des déchets. Démarche éco-responsable en progression.

Coureurs remplissant leurs flasques réutilisables à un poste de ravitaillement zéro déchet lors d'une course à pied en forêt

Un marathon de masse distribue en moyenne plusieurs centaines de milliers de gobelets plastique jetables sur l'ensemble de son parcours. Le Marathon de Paris, qui rassemble plus de 50 000 coureurs, génère ainsi des quantités considérables de déchets plastiques sur les 42 kilomètres de route, dont une large part finit dans les caniveaux ou les espaces verts traversés. Face à ce constat, l'organisation des courses à pied se réinvente depuis quelques années autour d'une approche zéro déchet au ravitaillement.

Le mouvement dépasse le simple geste symbolique, car il implique des choix techniques concrets pour les organisateurs comme pour les coureurs eux-mêmes. Cet article aborde le principe du ravitaillement zéro déchet, les solutions de contenants réutilisables, le tri organisé sur site, ainsi que les courses pionnières qui ont adopté ces pratiques en France et au-delà.

Le principe du ravitaillement zéro déchet

Le ravitaillement zéro déchet désigne une organisation des postes de ravitaillement dans laquelle les emballages jetables, notamment les gobelets plastique à usage unique, sont remplacés ou supprimés. L'objectif est de réduire au maximum la quantité de déchets produits pendant et après l'épreuve, que ce soit sur le parcours ou dans les zones d'arrivée.

Cette démarche repose sur deux piliers complémentaires : la substitution des contenants (flasques personnelles, gobelets réutilisables consignés) et l'organisation d'un tri sélectif des déchets inévitables (emballages de gels, barres énergétiques, peaux de banane). Elle implique une collaboration entre l'organisateur, les bénévoles et les coureurs, qui doivent accepter de modifier leurs habitudes de ravitaillement.

La réglementation française fait progressivement écho à ces pratiques. La loi AGEC (Anti-Gaspillage pour une Économie Circulaire) adoptée en 2020 interdit les plastiques à usage unique dans de nombreux contextes événementiels, ce qui pousse les organisateurs de courses à anticiper ces contraintes dès la conception de leurs postes de ravitaillement.

Flasque ou gobelet réutilisable : les solutions

Plusieurs approches coexistent aujourd'hui selon la nature de la course, sa distance et le profil des participants. Deux modèles dominent actuellement la transition vers un ravitaillement plus durable.

La flasque personnelle obligatoire

Dans ce modèle, le coureur arrive avec sa propre flasque souple ou gourde rigide et la remplit aux points de ravitaillement équipés de robinets ou de fontaines. Cette approche est particulièrement répandue dans les courses de trail et d'ultra-trail, où les participants portent déjà un sac d'hydratation avec des flasques intégrées. Les organisateurs mentionnent l'obligation de flasque dans le règlement, et certains refusent de distribuer des gobelets aux coureurs qui n'en sont pas munis.

Cette obligation responsabilise directement le coureur et supprime quasiment la totalité des déchets liés aux contenants. Elle nécessite toutefois une communication claire en amont, afin que chaque participant anticipe ce matériel et s'entraîne à boire en courant depuis une flasque, ce qui demande un temps d'adaptation.

Le gobelet réutilisable consigné

Sur les courses sur route de masse, demander à des dizaines de milliers de coureurs d'apporter leur propre flasque représente une contrainte logistique importante. Une alternative couramment adoptée est le gobelet réutilisable consigné : distribué au départ ou à l'inscription, il accompagne le coureur tout au long du parcours et est rendu à l'arrivée ou déposé dans des bacs prévus à cet effet.

Ces gobelets, généralement en polypropylène ou en bioplastique lavable, peuvent être réutilisés plusieurs dizaines de fois avant d'être recyclés. Certains organisateurs les proposent comme souvenir de course moyennant une caution de quelques euros, récupérée au retour du gobelet. Ce système réduit considérablement le volume de déchets tout en offrant une solution adaptée aux coureurs non équipés de flasques.

Le tri des déchets sur site de course

Même avec le meilleur système de contenants réutilisables, une course génère inévitablement d'autres types de déchets au niveau des ravitaillements. Emballages de gels énergétiques, sachets de sucre, peaux de banane, papiers de barres : autant de flux à organiser pour éviter qu'ils ne se dispersent sur le parcours.

La plupart des courses engagées dans une démarche zéro déchet mettent en place plusieurs corbeilles identifiées par couleur à chaque poste de ravitaillement. Les bénévoles jouent un rôle clé : ils orientent les coureurs vers le bon bac et récupèrent les déchets tombés au sol dans les minutes suivant le passage du peloton. Cette organisation demande une logistique renforcée, mais évite la dispersion de déchets sur plusieurs kilomètres.

Le compostage des déchets organiques (fruits, emballages compostables) commence également à apparaître sur certaines épreuves. Des prestataires spécialisés viennent collecter ces flux séparés après la course, permettant de valoriser une partie des matières plutôt que de les envoyer en décharge.

Des courses pionnières en France et en Europe

Plusieurs épreuves ont adopté le ravitaillement zéro déchet avant que la réglementation ne l'impose, et servent aujourd'hui de référence pour le reste du calendrier. La liste ci-dessous regroupe 5 courses ou événements emblématiques de cette transition en France et en Europe.

  • UTMB (Chamonix) : L'Ultra-Trail du Mont-Blanc impose depuis plusieurs éditions la flasque obligatoire à tous les participants et a supprimé la quasi-totalité des gobelets jetables de ses nombreux postes de ravitaillement en montagne.
  • Trail des Passerelles du Monteynard (Isère) : Cette course pionnière dans la démarche éco-responsable applique la flasque obligatoire et organise un tri rigoureux des déchets à chaque poste, avec bilan carbone communiqué après chaque édition.
  • Maxi-Race d'Annecy : Le règlement de cette épreuve interdit les gobelets jetables depuis plusieurs années, et les bénévoles sensibilisent activement les coureurs tout au long du parcours.
  • Eco-Trail de Paris : Cette course, dont la démarche environnementale est au cœur de l'identité, impose la flasque obligatoire et calcule l'empreinte carbone globale de l'événement, ravitaillement inclus.
  • Marathon de Stockholm : En Suède, cet événement de masse a introduit des gobelets réutilisables consignés sur l'ensemble du parcours, atteignant un taux de retour élevé grâce à un système de caution intégré à l'inscription.

L'impact environnemental du ravitaillement classique

Un gobelet plastique à usage unique pèse quelques grammes, mais sa production mobilise du pétrole, de l'eau et de l'énergie. Multiplié par plusieurs centaines de milliers d'exemplaires sur une seule épreuve de masse, le bilan environnemental devient substantiel, notamment en termes de déchets plastiques non recyclés.

La dispersion sur le parcours aggrave ce bilan. Un gobelet jeté dans la nature peut mettre plusieurs centaines d'années à se dégrader, et les microplastiques issus de cette dégradation contaminent les sols et les cours d'eau. Les courses traversant des espaces naturels protégés, comme les forêts, les zones humides ou les massifs montagnards, sont particulièrement concernées par cet enjeu.

Le gobelet zéro déchet ne représente qu'une partie de l'empreinte environnementale d'une course : les déplacements des participants restent la principale source d'émissions de CO₂, ce qui explique pourquoi les épreuves pionnières adoptent une vision globale plutôt que de se limiter au seul ravitaillement.

À l'inverse, le gobelet réutilisable nécessite davantage de ressources pour être fabriqué, mais compense rapidement ce surcoût environnemental dès lors qu'il est utilisé un nombre suffisant de fois. Selon l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (ADEME), un contenant réutilisable dépasse le seuil de rentabilité environnementale au bout de quelques utilisations seulement, par rapport à son équivalent jetable.

Se préparer en tant que coureur

Participer à une course zéro déchet demande une adaptation modeste mais réelle. Le premier réflexe est de lire attentivement le règlement de l'épreuve, où la mention « flasque obligatoire » est clairement indiquée, généralement accompagnée du volume minimum requis (100 ml à 250 ml selon les distances).

S'entraîner à boire depuis une flasque souple pendant les sorties longues est vivement conseillé, car la technique diffère de celle utilisée avec un gobelet. La flasque se tient d'une main, se presse pour extraire le liquide, et se range dans une poche de veste ou de ceinture en quelques secondes. Les coureurs qui participent régulièrement à des trails sont généralement déjà familiarisés avec cet équipement.

Au-delà du contenant, il est utile d'anticiper la gestion de ses propres emballages de gels ou de barres énergétiques. La liste ci-dessous regroupe 4 réflexes pratiques à adopter lors d'une course zéro déchet.

  • Choisir des gels aux emballages compacts : Certains fabricants proposent des emballages refermables ou compostables, qui facilitent le geste de tri et limitent les risques de dispersion sur le parcours.
  • Prévoir une petite poche déchets : Glisser un sachet réutilisable dans sa ceinture ou son sac permet de stocker ses emballages jusqu'au prochain poste de tri, plutôt que de les jeter au sol.
  • Respecter les bacs de tri : Prendre le temps de déposer chaque déchet dans la bonne corbeille, même à allure soutenue, multiplie l'efficacité du tri organisé par les bénévoles.
  • Signaler les zones à déchets : Certaines courses encouragent les participants à indiquer, en fin d'épreuve via l'application de l'événement, les endroits où des déchets ont été observés sur le parcours.
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