Alimentation marathon: stratégie nutritionnelle sur 12 semaines

Dernière mise à jour Écrit par Running Club

Stratégie nutritionnelle marathon sur 12 semaines. Alimentation quotidienne, glucides, hydratation et protocoles spécifiques avant, pendant et après chaque séance.

Préparation des repas d'un coureur de marathon avec féculents, fruits et boisson d'hydratation posés sur un plan de travail de cuisine

Un marathon de 42,195 km épuise les réserves de glycogène musculaire en deux à trois heures et demie pour la plupart des coureurs amateurs, faisant de la nutrition un levier aussi déterminant que le kilométrage hebdomadaire. Sur 12 semaines de préparation, les choix alimentaires influencent directement la qualité des séances clés, la vitesse de récupération et l'état de forme au jour J.

Une stratégie alimentaire efficace ne se limite pas aux jours qui précèdent la course : elle évolue semaine après semaine en suivant la progression des charges d'entraînement. Cet article couvre les besoins énergétiques hebdomadaires, la gestion des glucides autour des séances longues, l'hydratation quotidienne, les protocoles nutritionnels autour des entraînements ainsi que le carbo-loading des jours précédant le départ.

Besoins énergétiques d'une semaine type

Un coureur préparant un marathon court généralement entre 50 et 80 km par semaine en phase de charge, selon son niveau et son objectif de temps. Ces volumes génèrent un besoin calorique additionnel de 400 à 700 kcal par heure d'effort, qu'il est indispensable de compenser sous peine de nuire à la récupération et aux adaptations physiologiques.

Les macronutriments à privilégier varient selon le type de séance planifiée. Les jours de séances longues ou de fractionné (entraînement par intervalles), les glucides représentent la source d'énergie principale et leur apport doit être augmenté. Les jours de récupération active ou de repos, les besoins globaux diminuent et l'équilibre protéines-lipides prend davantage d'importance.

Les coureurs qui s'entraînent quatre fois par semaine disposent d'une structure hebdomadaire idéale pour moduler les apports : deux jours glucidiques élevés (séances longues et fractionnés), un jour modéré (sortie récupération) et un jour bas lors du repos complet. Cette modulation, appelée périodisation nutritionnelle, permet d'améliorer la sensibilité à l'insuline et l'utilisation des graisses comme carburant.

Pour les débutants qui démarrent avec un volume faible, les besoins globaux restent moindres mais la répartition entre jours d'entraînement et jours de repos reste pertinente. Un programme avec seulement deux séances par semaine peut tout de même tirer profit de cette modulation simple. Le tableau ci-dessous résume les besoins indicatifs en glucides et en protéines selon le profil du coureur et la phase de préparation.

Phase de préparationVolume hebdoGlucides recommandésProtéines recommandées
Début de plan (S1-S4)40-55 km5-6 g/kg/jour1,6-1,8 g/kg/jour
Phase de charge (S5-S9)55-80 km6-8 g/kg/jour1,8-2,0 g/kg/jour
Pic et affûtage (S10-S12)40-55 km5-7 g/kg/jour1,6-1,8 g/kg/jour

La place des glucides dans la préparation

Le glycogène musculaire est le carburant de référence en course à pied à allure marathon, c'est-à-dire au-dessus de 65 à 70 % de la VO2max (volume maximal d'oxygène consommé par minute). Les stocks disponibles dans les muscles et le foie sont limités à environ 400 à 500 grammes chez un adulte entraîné, soit à peine de quoi couvrir 30 km à allure soutenue, d'où la nécessité d'une gestion rigoureuse tout au long des 12 semaines.

Le mythe selon lequel les coureurs d'endurance doivent manger des pâtes à chaque repas sans réflexion est aujourd'hui largement remis en question par la nutrition sportive appliquée. La distinction entre les moments où les glucides sont indispensables et ceux où leur réduction favorise des adaptations bénéfiques est désormais au cœur des recommandations pratiques.

Glucides avant les séances longues

Avant toute sortie longue dépassant 90 minutes, l'objectif est de partir avec les réserves de glycogène au maximum. Le repas principal, pris deux à trois heures avant le départ, doit apporter 1 à 1,5 g de glucides par kilogramme de poids corporel sous forme de féculents faciles à digérer : riz blanc, flocons d'avoine, pain complet ou pommes de terre vapeur.

Une collation légère peut compléter l'apport 30 à 45 minutes avant l'effort si le délai entre le repas principal et le départ dépasse trois heures. Une banane mûre, une tartine de pain de mie avec un peu de confiture ou quelques dattes représentent des options pratiques et bien tolérées par la plupart des coureurs. En revanche, les aliments riches en fibres, en graisses ou en protéines sont à éviter dans les deux heures précédant l'effort, car ils ralentissent la vidange gastrique et augmentent le risque de troubles digestifs en course.

Ajuster les glucides selon la phase

En début de préparation (semaines 1 à 4), les volumes sont encore modestes et les séances ne nécessitent pas de chargement glucidique systématique. Les séances courtes de moins de 60 minutes peuvent même être réalisées avec des stocks légèrement réduits pour stimuler l'adaptation à l'utilisation des lipides, une pratique désignée en nutrition sportive sous le terme « train low ».

En phase de charge (semaines 5 à 9), les séances longues et les fractionnés se multiplient, rendant les apports glucidiques élevés non négociables. Un déficit chronique de glucides sur cette période dégrade la récupération et expose le coureur au surentraînement. À l'inverse, la phase d'affûtage des dernières semaines, avec la réduction naturelle du volume, permet de reconstituer des stocks pleins sans modifier radicalement l'alimentation.

Hydratation quotidienne pendant la préparation

L'hydratation du marathonien ne se limite pas aux gorgées prises pendant la course : elle s'entretient à longueur de journée et conditionne la qualité des séances et la récupération. Une perte d'eau équivalente à 2 % du poids corporel suffit à dégrader les performances cognitives et physiques de manière mesurable.

L'objectif de base est d'atteindre 35 à 45 ml d'eau par kilogramme de poids corporel par jour, en incluant l'eau contenue dans les aliments. Pour un coureur de 70 kg, cela représente entre 2,4 et 3,2 litres au total selon l'intensité de l'entraînement et les conditions climatiques. La couleur de l'urine reste l'indicateur le plus simple et le plus accessible : une urine jaune pâle indique un état d'hydratation satisfaisant.

Par temps chaud, les pertes sudorales augmentent considérablement et peuvent dépasser un litre par heure d'effort. Les adaptations nécessaires pour la course par temps chaud incluent notamment le pré-refroidissement, l'augmentation des apports en sodium et la consommation d'eau fraîche avant et pendant la séance. L'entraînement en chaleur accroît aussi les besoins en électrolytes, en particulier en sodium et en potassium.

Les boissons sucrées de type sodas, jus industriels ou boissons énergisantes ne constituent pas une source d'hydratation adaptée à l'entraînement. L'eau reste la priorité absolue, complétée ponctuellement par des boissons isotoniques maison ou du commerce lors des séances dépassant une heure d'effort continu.

Protocole nutritionnel autour des séances

Structurer l'alimentation autour de chaque entraînement, et non seulement en termes de volumes journaliers globaux, est l'un des principes fondamentaux de la nutrition sportive appliquée au marathon. Ce protocole en trois temps, avant, pendant et après la séance, maximise la disponibilité en énergie et accélère la récupération d'une sortie à l'autre.

Avant la séance

Le timing du repas pré-entraînement dépend de sa composition et de la durée prévue de l'effort. Pour une séance courte de moins de 45 minutes, un repas normal pris deux heures avant suffit généralement. Pour une sortie longue ou un fractionné intense, le repas doit être planifié deux à trois heures à l'avance, avec une dominante glucidique et une faible teneur en fibres et en matières grasses.

Les coureurs qui s'entraînent tôt le matin se heurtent souvent à la contrainte du manque de temps entre le réveil et le départ. Un entraînement réalisé une seule fois par semaine peut facilement être planifié à une heure permettant un repas complet en amont, mais pour les séances matinales répétées, une petite collation de 25 à 35 g de glucides prise 20 à 30 minutes avant le départ suffit pour les sorties courtes ou modérées.

Pendant la séance

Pour les sorties inférieures à 60 minutes, l'apport nutritionnel pendant l'effort n'est pas nécessaire si le coureur part correctement alimenté et hydraté. Au-delà de 75 à 90 minutes, les stocks de glycogène commencent à s'épuiser et un apport en glucides de 30 à 60 g par heure devient utile pour maintenir l'allure et retarder la fatigue musculaire.

La stratégie de ravitaillement en course doit être répétée à l'identique lors des longues sorties d'entraînement pour éviter toute mauvaise surprise le jour J. Les sources de glucides utilisées pendant l'effort, qu'il s'agisse de dattes, de bananes, de biscuits de l'effort ou de boissons isotoniques, doivent être testées progressivement au fil des séances longues pour confirmer leur tolérance digestive individuelle.

Après la séance

La fenêtre de récupération post-effort correspond aux 30 à 45 minutes qui suivent la fin de la séance, période pendant laquelle les muscles sont particulièrement réceptifs à la reconstitution des stocks de glycogène et à la réparation des fibres. Une collation combinant glucides et protéines dans un rapport d'environ 3 pour 1 est recommandée dans cet intervalle.

Des exemples concrets bien documentés : un yaourt nature avec une banane et un filet de miel, du lait chocolaté, ou du fromage blanc avec des fruits et une poignée de céréales. Le repas complet qui suit, généralement une à deux heures plus tard, doit comporter des protéines de qualité (viande blanche, poisson, légumineuses, œufs) et des glucides complexes pour compléter la récupération musculaire et hépatique.

Conseil rédaction : les coureurs qui négligent la collation post-entraînement accumulent souvent une fatigue diffuse au fil des semaines, attribuée à tort à un excès de volume. Intégrer une récupération nutritionnelle systématique dès la première semaine du plan permet de traverser les phases de charge sans ressentir cet épuisement chronique.

Le carbo-loading avant la course

Le carbo-loading, ou charge en glucides, désigne la stratégie visant à maximiser les réserves de glycogène dans les jours qui précèdent le marathon, afin de partir avec les muscles au maximum de leur capacité et de repousser le plus loin possible l'épuisement des stocks. Cette technique a fait l'objet de nombreuses révisions depuis les protocoles des années 1970 qui impliquaient une phase d'épuisement intense préalable.

Le protocole actuel, plus simple et moins éprouvant pour l'organisme, consiste à augmenter progressivement les apports en glucides sur les trois à quatre jours avant la course, en parallèle de la réduction naturelle du volume d'entraînement. L'objectif est d'atteindre 8 à 10 g de glucides par kilogramme de poids corporel par jour pendant ces derniers jours. Pour un coureur de 65 kg, cela représente 520 à 650 g de glucides quotidiens, soit environ le double à deux fois et demie des apports habituels en phase de charge.

En pratique, cette hausse s'obtient en augmentant les portions de riz, pâtes, pommes de terre et pain blanc, tout en ajoutant des sources sucrées simples comme les jus de fruits, les compotes ou les bananes mûres. Il convient simultanément de réduire les légumes très fibreux, les légumineuses et les aliments gras pour éviter les troubles digestifs fréquents en situation de compétition. La liste ci-dessous regroupe 5 aliments bien tolérés pour le carbo-loading des jours précédant le marathon.

  • Riz blanc : digestion rapide, faible teneur en fibres, facilement dosable en portions pour atteindre les objectifs glucidiques de la phase de charge.
  • Pâtes blanches : classique du carbo-loading, à consommer cuites al dente et sans sauce grasse pour préserver la tolérance digestive avant la course.
  • Pain de mie : pratique en collation ou en accompagnement de repas, faible en fibres et à indice glycémique modéré à élevé selon la variété.
  • Bananes mûres : apport glucidique rapide, naturellement riches en potassium et magnésium, format nomade idéal pour les collations entre les repas principaux.
  • Compote de fruits sans sucre ajouté : sucres naturels facilement assimilés, bien tolérée digestivement et disponible en format individuel pratique à emporter.

Compléments alimentaires en préparation marathon

La plupart des coureurs amateurs n'ont pas besoin de suppléments complexes pour mener à bien une préparation marathon : une alimentation variée et adaptée aux charges d'entraînement couvre la grande majorité des besoins. Certains compléments font néanmoins l'objet d'un consensus suffisant en nutrition sportive pour mériter d'être mentionnés dans le contexte spécifique des 12 semaines de préparation.

Le magnésium est souvent le premier déficit identifié chez les sportifs d'endurance, en raison de pertes sudorales importantes et d'une alimentation parfois insuffisante en légumes verts, céréales complètes et fruits secs. Des crampes récurrentes, une fatigue persistante ou des troubles du sommeil peuvent signaler un apport insuffisant, même si une consultation médicale reste nécessaire pour confirmer un déficit réel. La liste ci-dessous regroupe 4 compléments couramment évoqués dans la littérature de nutrition sportive pour les marathoniens.

  • Magnésium bisglycinate : forme bien absorbée et moins laxative que le chlorure de magnésium, particulièrement pertinente pour les coureurs sujets aux crampes ou à la fatigue nerveuse en fin de préparation.
  • Vitamine D : déficitaire chez de nombreux adultes en France entre octobre et mars, elle joue un rôle documenté dans la santé osseuse et la fonction musculaire, deux points critiques en préparation marathon.
  • Oméga-3 (EPA/DHA) : effets documentés sur la réduction de l'inflammation musculaire, utiles notamment en période de charges élevées entre les semaines 5 et 9 du plan d'entraînement.
  • Créatine monohydrate : moins utilisée en endurance pure qu'en sports de force, elle présente un intérêt limité mais réel pour améliorer la récupération entre les séances de fractionné intense en milieu de préparation.

Avant d'introduire tout complément, il est conseillé de faire évaluer son statut nutritionnel par un professionnel de santé ou un diététicien du sport. Les compléments ne compensent jamais une alimentation déséquilibrée et leur efficacité dépend souvent d'un contexte de carence préalable. La priorité reste l'alimentation quotidienne, structurée autour des séances et adaptée aux trois grandes phases de la préparation.

Partager
Rédigé par

Plateforme éditoriale indépendante dédiée à la course à pied en France. Plans d'entraînement, calendrier des courses, équipement et parcours pour coureurs.