L'interview de Paul Fontaine, atteint de mucoviscidose et nouveau recordman du monde de Marathon

L'interview de Paul Fontaine, atteint de mucoviscidose et nouveau recordman du monde de Marathon

Paul a terminé le Marathon de Paris 2015 en signant un record du monde : il est le coureur atteint de mucoviscidose le plus rapide sur 42.195 km. Retour avec lui sur sa superbe performance, mais aussi sur son combat au quotidien contre sa maladie.

Bonjour Paul et merci de nous accorder cette interview. Peux-tu te présenter en quelques mots pour nos lecteurs ?

Confucius disait "Le bonheur ne se trouve pas au sommet de la montagne, mais dans la façon de la gravir". Quelle montagne mais surtout quel chemin ! Je m'appelle Paul Fontaine, voilà 31ans que je vis avec la mucoviscidose.

« J'ai encore 55% de capacité respiratoire mais beaucoup n'ont pas cette chance. »

La mucoviscidose est une maladie génétique, chronique, évolutive et sans traitement à ce jour. Cette maladie détruit progressivement mes poumons et mon système digestif (pancréas). J'ai cette chance d'avoir encore 55% de capacité respiratoire mais beaucoup d'enfants n'ont pas cette chance. Nous ne sommes pas tous égaux face à la maladie et ses ravages.

La mucoviscidose est une maladie qui tue très jeune. J'ai vécu de très longues années dans le déni de cette maladie. J'avais honte, et je vivais dans le mensonge en occultant complètement tout ce pan de ma vie. Il y a 4 ans où j'ai pris conscience que ma vie serait différente. C'est à ce moment là que je me suis mis à faire du sport, beaucoup de sport. J'avais la rage contre la société, les filles, le monde du travail, le divin. Résigné à vivre cette vie de forçat, je faisais du sport pour me maintenir en forme, et soudain un jour de pluie, sur mon vélo, j'ai décidé de m'entrainer pour progresser.

J'ai arrêté de survivre pour vivre et aller chercher le bonheur là où il se trouve. La meilleure défense c'est l'attaque. Je me suis fixé des objectifs que j'ai relevés en mettant à chaque fois absolument toutes les chances de mon côté. Ma force c'est mon mental, mon optimisme et ma remise en question. Il n'y a pas de problème, que des solutions. J'étais devenu un malade sportif qui avait énormément de choses à prouver.

« Nous avions rendu l'impossible possible : courir un marathon en étant malade de la mucoviscidose. »

Après avoir fait la rencontre de Thibaut Baronian et l'association "Ensemble au Sommet", je me suis mis à courir jusqu'à, en avril 2013, boucler mon premier Marathon de Paris en 4h41. Nous avions rendus l'impossible possible. C'est la première fois en France qu'un malade de la muco boucle la distance.

Durant l'été, je parcours à vélo plus de 1000km à travers la France d'Est en Ouest, de Besançon à la Pointe du Raz dans le Finistère. Je termine ce périple en 7 jours, juste à temps pour admirer le coucher de soleil depuis ce lieu mythique. En 2014 je suis finisher de mon deuxième marathon de Paris en 4h21. Et puis…

…et puis il y a quelques jours, que tu es le nouveau détenteur d’un record du monde sur marathon. Peux-tu nous confirmer cela ?

Oui, nous arrivons sur l'avenue Foch, dimanche dernier 12 avril 2015 en 4h00 et 54 minuscules secondes. C'est une première, un record de France, et un record du monde pour un muco avec cette capacité respiratoire.

Comment s’est déroulée ta course ?

Bien, on est parti sur un objectif 4h pour boucler les 42.195km qui nous mèneraient au pied de l’Arc de Triomphe. Beaucoup de craintes, d’incertitudes, de stress, d’envie d’en découdre et de rage en moi sur la ligne de départ au moment de sortir de ma cage. On a couru régulier et dans les temps prévus: 57min au 10e km, 2h00 au semi jusque sur la ligne 42km plus loin.

J’ai pris beaucoup de plaisir sur cette première partie avant de vraiment m’enfermer dans ma bulle sur le deuxième semi et travailler mon mental. Ça a commencé à devenir difficile vers le 30e-35e km mais à ce moment là, n’importe quel marathonien expérimenté sait que quoi qu’il arrive il finira la course. Les pensées se sont bousculées dans ma tête: ma chérie, mes parents, Mike Horn (mon mentor), tous ces sacrifices tous ceux qui se battent à mes côtés et toutes les stratégies mises en place avec mon préparateur mental (visualisation, célébration des victoires, geste signal…)

C’est seulement au 39e que j’ai eu la conviction que je pouvais accrocher les 4h00, j’ai donné tout ce qui me restait de jambes et de mental dans la bataille jusqu’au 42e km où après un tout dernier virage j’ai pu lancer le sprint final pour passer en 4h.

On a vu que tu étais bien entouré durant ces 42.195 km. Peux-tu nous parler un peu des coureurs qui t’ont accompagné et quel a été leur rôle ?

Oui c'est un travail collectif. C'est aussi grâce à toute cette équipe que j'ai couru aussi vite. Thibaut Baronian, c'est mon kiné, il soigne aussi les petits bobos de l'équipe de France de ski Nordique en plus d'être classé dans le top 10 des meilleurs trailers français avec le team Salomon. Il compte bien gagner le Lyon Urban Trail ce weekend (ndlr : il a terminé 2ème) et s'envolera bientôt pour la Californie pour courir la course Red Bull Wings for Life.

Laurent Copin est le responsable de l'association "Ensemble au Sommet" qui milite contre la Mucoviscidose dans le milieu du trail et de l'alpinisme. Laurent est aussi un excellent trailer et skieur de randonnée, et son amie Alicia Magnenot le suit dans son aventure associative.

Le dernier de mes pacers c'est mon frère, Pierre-Marie Fontaine, finisher en 4h00 lui aussi pour son 1er marathon. Félicitations à lui.

Tous les trois ils m'ont amené sur la ligne d'arrivée en m'aidant à contrôler mes allures, mes émotions, et mes ravitaillements. Ils ont fait un travail formidable, je leur dois énormément depuis trois ans. Je tiens également à remercier de tout mon cœur : Fiona, ma copine, ma famille, les familles Castaldo et Trani ainsi que tous ceux qui nous ont suivit dans cette aventure.

Au niveau de la préparation, as-tu suivi un plan spécifique à cause de la maladie que tu combats au quotidien ?

Oui c'est Christophe Malardé entraineur du team trail Salomon qui m'a concocté ce programme de huit semaines. Il a réussi à me faire comprendre l'intérêt de la récupération entre les séances et nous avons donc travaillé en confiance sur des séances plus qualitatives, plus longues, plus difficiles.

« J'ai demandé à ne pas être épargné durant ma prépa' »

Dès notre rencontre je lui ai dit de ne pas m'épargner et j'ai donc bénéficié d'un entrainement conçu pour une personne valide. J'ai également été suivi régulièrement par un préparateur mental, Mr Sylvain Loye avec qui nous avons établi les stratégies mentales de la réussite et fait sauter les verrous qui s'y opposaient.

Après à ma charge de m'occuper de la maladie en bénéficiant d'un petit coup de pouce en fin de prépa avec 15 jours de traitement antibiotique en intraveineuse. Mes armes étaient : kinésithérapie respiratoire, étirements de la cage thoracique, yoga en plus du traitement de fond.

Comment s’est passé ton lendemain de marathon ? Un programme de récupération pour les jours qui viennent ?

Le lendemain du marathon, j'avais trop mal aux jambes pour faire quoi que ce soit. J'ai couru avec des contractures pendant toute la course et je venais d'attraper un rhume. Bref j'ai passé la journée à me reposer mais surtout à lire les innombrables messages de soutien que j'ai reçu sur les réseaux sociaux et notamment la page "Ensemble au Sommet".

« Nous avons donné de l'espoir à tous ceux qui sont touchés par cette maladie. »

100 000 vues dans le weekend, plusieurs publications à plus de 1000 likes, 50 000 personnes qui voient la même photo. Les chiffres sont astronomiques ! Nous avons fait vibrer, nous avons mis les poils et émus tellement de monde... Nous avons donné tellement d'espoir à tous ceux qui sont touchés de près ou de loin par cette maladie. Enormément de gens se retrouvent dans notre combat. C'est un message de combat et d'espoir universel.

De nouveaux objectifs/défis à l’horizon ?

Oui on va commencer par le Trail des Forts sur Besançon dans trois semaines, puis nous allons prendre un peu d'altitude avec un kilomètre vertical à Chamonix fin juin, tout cela en vue de préparer l'ascension du sommet de l'Europe à 4810m vers la toute fin de l'été. L'objectif reste de m'apprendre et d'apprendre cette maladie pour définitivement la mettre en cage. Le combat continue !


Photos : page Facebook Ensemble Au Sommet

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(Ça ne vous fera pas courir plus vite mais ça pourra faire des heureux -euses !)

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