On m'avait dit, le marathon, c'est difficile...

On m'avait dit, le marathon, c'est difficile...

...mais en fait, c'est pire ! Quelques jours après cette course, je peux maintenant vous raconter comment ça s'est passé, comme dans la même matinée, j'ai connu l'enfer et le paradis !

Le réveil

C'était donc ce dimanche 5 avril que s'est déroulée la 33ème édition du Marathon de Paris. Pour moi, la journée a commencée à 6 heures du matin, avec le réveil, forcément difficile à cette heure-ci un dimanche... Une fois debout, j'ai donc consciencieusement pris le petit déjeuner qui m'avait été conseillé par des spécialistes, 3 heures avant la course, pour essayer de me mettre dans les meilleures conditions.

Le temps passe, je me prépare tranquillement, je m'équipe, avec le cardio-fréquence-mètre, le GPS sur la chaussure droite, la puce pour être chonométrée sur la gauche, la montre qui va avec et bien sûr le lecteur mp3. Oui, ça fait beaucoup, mais peu importe. J'enfile mon maillot sur lequel le dossard était attaché depuis la veille ! Me voilà prêt ! Comme un bon sportif, j'ai décidé d'aller de faire les 3 km qui me séparent du départ en scooter... Faut pas déconner, je vais déjà courir 42km, je vais pas en faire 6 de plus pour le plaisir (oui, aller-retour).

L'avant-course

Je sors de chez moi à 7h30. Personne. Normal pour un dimanche. Mais il fait bon, il fait beau, mais pas trop chaud. Un temps idéal. J'arrive place de l'étoile, et là, j'intègre vraiment que 30 000 personnes, ça fait beaucoup de monde. J'ai eu la chance de gagner mon dossard sur le site de la Caisse d'Epargne dédié au running, et j'ai donc pu profiter de l'espace privatif de la banque sur l'espace départ, histoire de poser mes affaires. Là, quelques dizaines de coureurs se préparent, discutent, rigolent. Puis vient l'heure de se diriger vers la zone de départ.

Le début de course

1/4 d'heure avant le départ, je me place donc dans le sas des 4h30, objectif inavoué pour ce marathon. Le départ des coureurs handisport est donné, tout le monde applaudit, l'ambiance est bonne. Je ne sais pas si vous avez déjà assisté au départ d'une course, mais pour faire face au froid, une bonne partie des coureurs portent des protections en plastiques offertes par un sponsor la veille, et je dois dire que c'est bien ridicule, mais bon, ça fait partie du folklore. Je teste les derniers réglages de mon équipement. Il y a 5 minutes, tout était ok, et 2 minutes avant le départ, mon cardio-fréquence-mètre m'a lâché. Impossible de connaître ma fréquence cardiaque. Moi qui comptait beaucoup sur cet indicateur, tant pis, ce n'est pas la fin du monde après-tout !

Le maire de Paris donne le départ à 8h45. Le temps de laisser passer les milliers de coureurs, je passe la ligne un quart d'heure plus tard, sur le bas des Champs Elysées direction La Concorde puis Bastille. Je suis dans mon rythme, pas trop vite, juste bien. Quelques foulées devant le meneur d'allure de 4h30. Je me sens bien, je profite des encouragements, du public, et de ce plaisir de courir cette si belle course.

A peine 30 minutes après le départ, j'arrive au 5ème kilomètre et la place de la Bastille, comme prévu. Je n'aime pas les pavés. En plus, avec les ravitaillements, il y a de l'eau partout sur la place. ça glisse. Je me rappelle des conseils qu'on m'a donné et de mon expérience du 20km de Paris. Aux ravitaillements, ça glisse. Je vois des peaux de banane, des épluchures d'orange. Je fais vraiment attention. Plus qu'un mètre et je peux attraper une bouteille d'eau. C'est le moment choisi par un coureur pour changer brusquement de direction devant moi. Je lève la tête, je me crispe et avant même d'avoir compris, je me retrouve au sol. Chute dès le premier ravitaillement. Par chance, aucune blessure si ce n'est mon amour-propre. Je me relève, je prends ma bouteille, je rassure la volontaire qui a eu très peur derrière sa table et je repars.

Au moment de quitter la Bastille par le boulevard Saint Antoine, on réalise une fois de plus que 30 000 personnes, ça fait beaucoup. L'embouchure du boulevard ne permet pas faire passer tout le monde. Bouchon. C'est quasiment arrêté et au bout de presque 3 minutes d'attente que l'on peut enfin se remettre à courir. Petit bemol pour l'organisation, mais pour moi, ce sera le seul de la journée ! Je peux ensuite reprendre ma course. Rien à dire jusqu'à mi-course, je continue tranquillement sur mon rythme de 10 km/h, je me sens en forme, vraiment.

Les difficultés commencent

Pour la mi-course, il faut passer sous une arche, à l'image de ce qu'on peut voir parfois en cyclisme. J'adore. En plus, cela coïncide avec la sortie du bois de Vincennes et le retour du public. L'ambiance est vraiment très bonne, je me fais plaisir. Je passe en 2h08 sous l'arche des 21,1 km, à l'allure prévu, tout va bien. Je pense maintenant au 26ème kilomètre, au niveau du Pont des Arts, où devraient se trouver les seules personnes que j'ai prévu de voir / reconnaître sur le parcours, à savoir Denis et Sylvie.

Je n'ai jamais couru plus de 20km, mais je me sens bien, confiant pour la suite. Je n'ai pas mal aux jambes, je ne suis pas fatigué, tout va bien. Puis vient le passage au 23ème kilomètre. Allez savoir pourquoi ici, je ne me l'explique absolument pas. Mais au passage de la ligne verte qui symbolisait ce 23ème kilomètre, j'ai une soudaine douleur dans le genou. C'est incroyable comme sensation, ça ne m'était jamais arrivé. J'ai vraiment senti la douleur monter sur 10 cm, du haut de mon tibia jusqu'à la rotule. Je serre les dents, en me disant que ça va passer.

Et c'est le cas, car on arrive de nouveau à Bastille, avec une foule impressionnante. Des gens de chaque côté de la rue, le passage qui se resserre, c'est la folie, on se croirait sur une étape de montagne du Tour de France. J'adore, et j'oublie la douleur, de toutes façons, je vais continuer et aller jusqu'au bout. Impossible que je lâche, trop de gens pensent que je ne peux pas y arriver, il n'y a rien de mieux pour me motiver.

Un bonheur, furtif

Après Bastille, on arrive sur les quais. Je commence à voir des gens souffrir, marcher, s'étirer. C'est dur, très dur pour certains. De mon côté, je m'en sors encore un peu. Je passe au 25ème kilomètre en 2h35. J'ai donc ralenti un peu le rythme, mais rien d'inquiétant. J'ai toujours 5 minutes d'avance sur cet objectif de 4h30. Alors qu'en scooter, il ne me faut pas 5 minutes pour traverser la ville sur les quais, ça devient long, très long. Le pont des Arts n'est plus très loin, je ne sais pas de quel côté me mettre. Si je reste au milieu, il y a peu de chances que Denis et Sylvie me voient, il me faut donc choisir un côté. J'ai décidé d'aller à droite, et quelques centaines de mètres plus loin, je vois Sylvie, qui me reconnaît en même temps. Quel bonheur. Je sous-estimais complètement l'importance des personnes au bord de la route. Quel plaisir de voir une tête connue. Même si ça ne dure que quelques secondes, ça me redonné la pêche. Merci encore !!

La rechute

On parle souvent du mur du 30ème kilomètre. Un moment où d'un coup, on sent ses force partir. Je confirme. Comme au ravitaillement du 25ème kilomètre, je décide de marcher au 30ème, histoire de prendre mon temps pour manger quelques fruits, des raisins secs et un morceau de sucre et boire de l'eau. Sur ma droite, j'aperçoit de nombreux coureurs qui se sont arrêtés pour se faire masser par des soigneurs de la croix rouge. Mais ce n'est pas pour moi, j'y arriverai sans ça. Mais voilà, impossible de repartir. Le corps ne veut pas. Il ne veut plus avoir mal. Marcher, c'est plus facile. Je finis par me forcer, mais c'est dur, j'alterne les passages en marchant et en courant.

Je vois beaucoup de concurrents dans le même état que moi. On discute, souvent, beaucoup. J'ai besoin de parler alors j'engage la conversation avec eux. On parle de nos difficultés, on s'encourage. J'arrive parfois à les convaincre de repartir en courant avec moi, parfois c'est l'inverse. On s'entraide comme on peut, c'est agréable.

L'enfer

Arrivé au 35ème kilomètre, j'ai abandonné depuis longtemps mon objectif des 4h30. Plus qu'une seule envie, en terminer. Chaque kilomètre me semble interminable. Alors qu'avant, il me fallait 6 minutes pour faire un kilomètre, je suis maintenant plus proche des 9 minutes. Je vais incroyablement lentement. C'est tellement frustrant. Mais je ne peux rien faire. Mon corps ne veut plus avancer depuis plusieurs dizaines de minutes, il n'y a plus que le mental qui tient.

On arrive au Bois de Boulogne. Quelle galère. Il n'y a quasiment personne pour nous encourager, et le parcours ne fait que des lacets. Plusieurs fois, je crois qu'on va en sortir, et non, on repart dans l'autre sens. Je savais que ce serait difficile. C'est encore pire. J'ai mal partout, mon orgueil prend très très cher. Je paye mon manque d'entraînement. Je ne suis pas forcément très fatigué, mais je n'ai plus de force dans les jambes.

La libération

Mais quoi qu'il en soit, je serre les dents. Impossible d'abandonner, je veux y arriver. J'arrive au 40ème kilomètre, la fin est proche. Le public redevient nombreux. On entend les encouragements, des bravos sincères. Ils doivent nous prendre pour des fous, à nous voir souffrir comme ça, mais ils sont là, à nous encourager. Je profite des derniers quartiers d'orange pour reprendre un peu de force, je plaisante avec quelques concurrents, l'arrivée est proche.

Arrive une grande arche noire, la marque du dernier kilomètre sponsorisée par Gaz de France. Il y a du monde, des encouragements, ça fait du bien. Je décide de m'arracher, de donner toute ce que j'ai. J'entame un sprint, pour l'honneur. Cela ne sert à rien, ne changera pas grand chose au résultat final, mais c'est pour moi. Je fait le dernier kilomètre en 5 minutes, soit 12 km/h, bien plus vite que mon rythme de départ. J'aperçois le rond point de la Porte Dauphine, l'arrivée sera 200 mètres plus loin. Je continue mon accélération. Je double beaucoup de gens, ça ne sert à rien, ça ne rattrape pas les 10 derniers kilomètres horribles que j'ai passé, mais je voulais donner tout ce qui me restait.

Il y a beaucoup de monde sur la place, c'est incroyable. Puis arrive l'Avenue Foch et l'arche d'arrivée. Encore plus de monde, encore plus d'encouragements. Je réalise que ça y est, je l'ai fait. Dans quelques secondes, je serai un "finisher", un "marathonien". Moi qui déteste courir, c'est paradoxal. Je pense à la réaction de ceux qui ne pensaient pas que j'y arriverai, et là, de façon assez incotrôlable, des larmes commencent à couler. Impossible à gérer. Pour être honnête, ça recommence presque au moment où j'écris ces lignes. C'est à la fois le mélange entre le bonheur d'y être arrivé mélangé au soulagement de voir enfin la souffrance s'arrêter. C'est magique ! Je regarde ma montre, 5h06. 36 minutes de plus que ce que j'avais prévu, mais peu importe, je suis arrivé !

L'après-course

Je marche, hagard. Heureux d'être arrivé, je suis le flux de coureurs encore nombreux. Je reçois une parka pour ne pas prendre froid, une médaille dont je suis si fier maintenant, j'arrive devant les volontaires chargés de récupérer la puce chronométrique sur les chaussures, puis le ravitaillement, les t-shirts, etc. Je récupère tout, mais je n'en fait rien. Je marche, droit devant. Un seul objectif, rejoindre la tente Caisse d'Epargne pour m'asseoir et récupérer. Quand j'y arrive, toute la tente se met à applaudir, comme pour chaque nouvel arrivant ayant terminé le marathon. Enorme. Et là, je vois la tête d'une amie, qui me connaît bien et ne pensait absolument pas que j'y arriverai. Voir ses yeux impressionnés me fait chaud au coeur. Je m'asseois enfin, et je savoure.

Je profite ensuite de cette prestation magique, à savoir des massages réalisés par des osthéopathes afin de nous aider à récupérer plus facilement. Il est sympa, m'explique qu'il va s'occuper de mes chevilles, de mes mollets, de mes genoux et de mes cuisses. Voir si j'ai des traumatismes suite à la course. ça fait du bien. Puis je rentre chez moi. Complètement naze. Je mange un plat de pâtes, deux aspirines et au lit. Je me réveille ensuite à 19 heures. Re-pâtes, re-aspirine et re-au lit ! Le lundi, j'ai eu des courbatures, mais je m'attendais à pire. Et aujourd'hui déjà, je n'avais plus rien. Je me sens presque en état de repartir ! Je pense que l'osthéopathe y est pour beaucoup, merci !

Bilan

Le lendemain, j'ai dit à tout le monde que "plus jamais !". J'ai vraiment souffert sur cette course, comme très rarement auparavant. J'ai clairement payé mon manque de préparation. Pour mémoire, j'ai décidé de faire le marathon un mois avant la course. Je n'ai même pas couru une dizaine de fois en 2009 (je dois plus être proche des 7 sorties en fait...), avec seulement deux sorties de 2 heures. Je ne cherche pas d'excuses, je n'en ai pas besoin, je suis fier d'y être arrivé. Mais du coup, je me dis que je pourrais faire mieux. Et je me surprends à me dire que peut-être, je retenterai ça, un jour, avec un peu plus d'entraînement... A voir !

Quoi qu'il en soit, j'en garde un excellent souvenir. Faire un marathon reste une expérience qu'avec le recul, j'ai adoré !


Article publié à l'origine sur www.l-tz.com

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