Diagonale des fous : je n’ai pas peur d’en chier ! - partie 2

Diagonale des fous : je n’ai pas peur d’en chier ! - partie 2

Après avoir un peu tapoter la lampe elle se rallume et continue à clignoter. Je vais direct vers une lumière que je perçois au loin, il s’agit de personnes qui étaient là pour supporter des coureurs. 

J’en profite donc après avoir mis la lampe en charge, je sors la seconde de mon sac que je mets en place après avoir bu un peu de coca et remercié les gens qui m’ont éclairé. Je repars. Ça pique sévère on attaque des portions où ça grimpe sur 200 m puis qui redeviennent normales. Mais les montées sont très abruptes, plus dures, les portions sont séparées par des escaliers. Après en avoir passé deux, je me retrouve avec des crampes sachant qu’on n’est même pas encore à 30 kms.
 
Il ne me reste plus que 5 kms avant le ravitaillement suivant, mais les crampes me forcent à lever les pieds et quand enfin je peux repartir, mes lampes qui ont un éclairage amoindrit m’empêchent de courir comme il faut vu que je ne vois pas assez bien le dénivelé. 
 
Durant tous ce parcours je lutte pour rattraper Yoan mais rien à faire, je ne le vois pas. Il ne doit pas être bien loin. 38kms, j'arrive à l'aire Nez de Bœuf. 
 
 
En arrivant à ce point de ravitaillement, je prends le temps de boire un grand verre de coca puis repars, le soleil est sur le point de se lever. J'aperçois les premiers points de vue et c’est magnifique, à couper le souffle.
 
 
 
J’ai l’impression d’être sur la lune avec ces rochers et la lumière au loin... Je décide d’immortaliser cette vue et dégaine mon téléphone, mais là, mon appareil ne marche pas. J’ai beau essayer avec ou sans gant, en nettoyant l’écran, rien n'y fait, ça ne prend pas. Au bout de 5 minutes, enfin, l‘écran se débloque et j’en profite donc pour prendre quelques photos.
 
 
C’est tellement magnifique qu’à plusieurs reprises je m’arrête pour prendre des photos. Puis, au bout d’un moment, je me décide enfin à avancer, vu que le téléphone bug, je regrette encore plus de ne pas avoir pris de GoPro. Surtout qu’elle aurait pu prendre la place de la perche à selfie que je n'utilise pas du tout. De toute façon je ne suis pas là en touriste. 
 
 
 
Comme ça descend, je cartonne et dépasse un nombre important de coureurs. Mais toujours pas de trace de Yoan, pourtant j’avance très bien. 
 
 
 
 
Je file et attends le ravitaillement suivant en étant classé 1027 ème ! 
 
 
Mais toujours pas de trace de Yohan. Je profite de ce ravitaillement pour manger un plat de riz pas très digeste, car très sec, puis j’ajoute un fruit et mon gros verre de coca et c'est reparti. 
Sur le chemin je croise des coureurs à l’arrêt sur le côté, dans la partie plus dure d’autres font marche arrière pour abandonner. Ca ne laisse rien présager de bon... Je sais de suite que cette portion sera difficile, même si je me dis que sur la fin il y a  une descente de 3 km où je pense pouvoir cartonner à ce niveau. Du moins c’est ce que je pense.
 
 
 
Moi qui pensais avoir tout vu niveau difficulté, il n’en est rien. Après les parcours où ça ne cesse de grimper, là, on se retrouve avec des racines, des branches, des rochers, de la boue, tout est fait pour avoir la difficulté maximale à plusieurs reprises. Je me surprends à m’assoir pour récupérer.
 
 
 
 
 
 
Une fois presque au sommet, on a une des parties très dangereuse avec des ravins sur les côtés. Donc on ne voit pas le fond. Ma vigilance est au maximum, on passe par toutes sortes de choses : des cordes, des escaliers, des rochers en quinconce... 
 
 
 
 
 
 
 
 
Après une première montée que je considère comme interminable, nous arrivons sur une sorte de plateau. Le paysage change du tout au tout. Il y a un vert vif et une fois de plus la beauté de l’endroit me force à m’arrêter pour prendre une photo.
 
 
 
 
 
 
L’heure défile, j’ai les jambes en pierre il est déjà 9h00. Moi qui pensais être déjà au ravitaillement... Soit ! J’avance lentement sur ce beau plateau avec cette verdure qui laisse place à nouveau à une grosse zone de grimpette, presque de l’escalade. Les cuisses ont plus que chauffé et le pull ne m’aide pas vu la chaleur. Je transpire comme pas possible et la température ne cesse de grimper. Beaucoup me doublent, mais ça va bientôt descendre : 3 kilomètres de descente, je vais tous les rattraper.
 
On passe d’un paysage verdoyant à une zone de montagne pleine de boue brune avec des rochers un peu partout. Niveau difficulté ce n’est pas plus facile car c’est un peu comme de grandes marches, irrégulières, avec la boue et l’effet glissant.
 
 
 
Je suis au bout de ma vie à plusieurs reprises. Et plusieurs fois, je suis obligé de me pauser pour récupérer. Je ne suis pas le seul, c’est un peu comme une hécatombe tous les 100 mètres des personnes sont là, allongées. Je ne compte plus le nombre de fois où j’ai tourné mon dossard pour voir où j’en étais sur le parcours. Mais rien à faire, je n’avance décidément pas.
 
 
 
Après une très très longue marche où j’ai crapahuté, ramé, galéré, subis, injurié et tant d’autres choses. J’arrive enfin en haut et on m’annonce la descente.
 
 
 
 
Je suis trop heureux. Au loin je vois déjà Cilaos. Je tilte même pas sur le fait qu’il y ait plus de 3 kilomètres pour descendre. Au loin, j’entends les micros et le retours à la vie.
 
 
 
Mais ma joie ne dure pas. La descente se transforme en escalade avec une corde sur le côté. Je n’ai jamais vu ça. 
 
 
 
 
Mes cuisses sont en feux, impossible de courir. Impossible de doubler.
 
 
 
C’est la première fois de ma vie que je subis une descente. C’est vraiment une course de fous et elle me rend fou. 
 
 
Pratiquement 1h20 pour faire trois malheureux kilomètres. C’est de l’abus. Mais pas le choix, je préfère sécuriser plutôt que risquer une chute dans le ravin sur le côté. Ce fut tellement long qu’une fois en bas je suis sur les rotules, je n'ai plus de quoi boire, plus de jus. 
 
En plus, moi qui pensais être à Cilaos au point pour me changer, j'apprenais en fait qu'il me restait encore 4 kilomètres .
 
 
Je suis complètement dans le jus et obligé de me poser. J’en profite pour demander des nouvelles de Yoann, mais rien. Le numéro 269 n’est pas passé. Sur le coup je commence à avoir peur pour lui vu que je ne l’ai pas doublé. J’espère juste qu’il n’a pas abandonné. Après avoir un peu récupérer, je me relève et repars pour les 4 derniers kms avant le repos.
Ce petit repos m’a fait du bien mais pas autant que la descente que je suis en train de faire, et ce malgré cette chaleur qui me coupe limite les jambes.
Après un passage sur une rivière où j’en profite pour faire des pauses, je repars pensant que ça allait encore descendre.
 
 
         
A peine passé ce moment de plaisir, je me suis rendu compte que derrière, ça allait grimper sec.
 
  
Mais non une fois de plus ça remonte, ça pique beaucoup, je transpire comme pas possible, je suis complètement trempé et encore au bout de ma vie. Quand enfin j’arrive en haut je peux me relancer sur une descente. 
 
 
Nous voilà enfin de retour en ville au pointage et on m’annonce 1100 ème, ça va, c’est pas mal. Les supporters sont à nouveau là et après un dernier petit km, j’entre enfin dans le stade. Je suis lessivé !
Après être allé chercher mes affaires, je me dirige vers la douche ! 
 
 
Cette dernière est  froide ! Point positif ? Ca fait passer la douleur. Après m’être changé, je trouve que les vêtements ont une drôle d’odeur, mais bon, c'est toujours mieux que ceux qui sont plein de sueur. Je m’allonge sur l’herbe et je dors direct.  
 
 
Après 15 minutes de sieste, je me relève et remet ça une seconde fois. Puis je finis de m’habiller doucement. 
 
 
Alors que je suis posé en plein soleil, je vois Laurent un ami alsacien qui arrive. Il a déjà fini la diagonale auparavant et a donc une solide expérience. 
 
 
Du coup on papote un peu et l'attends le temps qu’il aille chercher ses affaires. J’en profite pour lire les messages. A son retour on continue la discution sur les objectifs. Là je lui annonce mon intension d’arriver au sommet du Maido avant le lever du jour. Alors que je lui dis ça, il lève les yeux au ciel et ajoute "Marla dans la nuit … Bon courage". A ce moment, je ne sais pas pourquoi il dit ça vu qu’on est au 70ème km et qu’il me reste moins de 50 km pour le faire, c’est largement à ma portée.
 
Sur ces encouragements qui devaient sûrement être un message pour moi, afin que je ne m’enflamme pas trop, je me lève et me prépare à repartir. C'est seulement à ce moment que je vois Yoann arriver. Je suis rassuré de le voir. Il s’était arrêté avec ses parents au ravitaillement précédent. Il s’en va à la douche alors que moi je me prépare à repartir, rassuré. 
Après avoir mangé mon plat de pâtes et bien remplis ma poche à eau avec ma mixture au raisin, je suis fin prêt à partir. Le temps commence à se couvrir, mais il n’est pas si catastrophique. En sortant de Cilaos, on a une petite montée. Ça va, ça pique pas trop. Suivie d’une longue descente que je réalise plutôt en forme et c’est reparti, j’ai des jambes toutes fraiches. 
 
 
Après  une descente de 4 km au moins, nous revoilà à monter. Je suis dégouté, tous ceux que j’ai doublé me reprennent. Pire ! Je suis pris de crampes musculaires qui m’obligent à m’arrêter un long moment.
 
 
J’y comprends plus rien, ma montre a déjà un décalage de 6 km et je n’ai plus de repère. Au fur et à mesure que j’avance, j’en entends plusieurs dire «nan j’arrête au prochain ravito, j’arrête !». Malgré la dificulté, malgré la douleur, cette idée ne me traverse même pas l’esprit surtout quand je pense à toutes celles et ceux qui me soutiennent et qui suivent mon avancé.
 
 
Après une longue descente technique, nous avons enfin attaqué la montée avant le ravito. Plus que les autres, elle piquait, mais sachant le ravitaillement proche je force l’allure.
 
 
 
J’y arrive enfin et demande mon classement. Je suis choqué : 1709 soit plus de 600 personnes qui m’ont doublé pendant ma pause à Cilaos.
 
 
     
Après une courte pause ou je  me suis bien ravitaillé, j’attaque une montée, qui, je le sais, va faire très mal : 600 M de D+ sur moins de 6 km. Ca faisait plus que piquer mais j’avance très bien. Je m’impressionne moi-même vu le monde que je dépasse. 
 
 
 
Sur le parcours, beaucoup sont allongés à dormir le long des chemins. Je les comprends, l’effort est vraiment très violent.
Comme précédemment j’ai encore cette même impression : la montée n'en finit pas. Et lorsque je demande à des personnes qui descendent combien de kilomètres il reste, on m’annonce des chiffres fantaisistes en temps et non pas en distance. "Il reste 45 minutes, il reste 50 minutes". De quoi rendre fou ! 
 
 
A force de demander, j’ai l’impression qu’on me ment ! Au vu de la distance qui ne baisse pas, à chaque fois, j’ai la même réaction : il reste encore autant la prochaine fois ! Je décide de ne plus demander, je m’en fous. Mais à peine je recroise une autre personne, je ne peux m'empêcher de reposer la question.
Tant et si bien que lorsqu’on m’annonce plus que 2 virages je n’y crois pas… J’ai bien fait, vu qu’il en restait 4... Le temps au sommet se refroidit un peu mais comme je ne traine pas, ça va. On attaque la descente !
 
 
Elle reste technique mais je peux quand même courir. Le seul inconvénient c’est que la nuit tombe et du coup je suis obligé de sortir ma frontale.
 
Cette descente, une fois de plus, m’a bien fatigué. Mais enfin, j’arrive sur le ravito de Marla avec le ventre qui crie famine !
En passant l’entrée, une belle surprise m’attends. Fabrice de la team KABLOC a laissé un message à mon intention, c’est vraiment la super classe car chaque coureur à qui on a laissé un message peut le voir en arrivant !  
Je vais pour me ravitailler et j’ai le regret de constater qu’ici, il fonctionne à l’économie. Ils donnent très peu et rechigne pour donner une seconde ration. 
 
 
Après une pause que je qualifierais de très longue pour m’habiller plus chaudement, j’entends un message laissé par la famille d’un coureur. Celui qui m’avait partagé son carton au départ. C’est cool, on convient donc de repartir ensemble vu qu’on a les mêmes objectifs. "MAIDO avant la nuit !" Il est moins de 22h00 et il reste un peu plus de 30 km en 8h00, ça va passer crème.
On décide donc repartir à ce moment. Yoann arrive au ravito, du coup je lui demande s’il veut que je l’attende pour repartir ensemble. Il répond non car il est à son tour bien entamé physiquement. 
Nous repartons donc entre Brahims sur les sentiers de la diagonale. Au début, impossible pour moi de recommencer à courir car je suis courbaturé comme un lendemain de marathon. Chaque pas est douloureux mais chaque pas me rapprochent de l’arrivée. Il me faudra au moins 10 bonnes minutes pour pouvoir me relancer et courir un peu pour revenir au niveau de mon homonyme.
Je ne sais pas ce qui est le plus positif : de pouvoir avancer bien ou de pouvoir papoter avec quelqu'un qui te comprend. Tant et si bien qu’on fille, on relance sur les descentes en attendant la prochaine grosse montée qui pique.
Un moment, par manque de lucidité, on devait traverser un petit fleuve et voilà que je tombe les deux pieds en plein milieu de l’eau. N’ayant pas envie de m’arrêter, je continue en me disant "pas grave, ça va sécher."
 
 
Enfin nous arrivons sur une petite difficulté : une grosse montée avec pour seul renfort une ligne de vie à laquelle on s’accroche pour ne pas tomber dans le vide. La montée est très très longue, mais on avance comme on peut. Une fois au sommet Brahim commence à avoir des petits points de fatigue et commence à douter des faisabilités de notre objectif commun. Moi j’y crois dur comme fer et je suis mieux ! Je suis très bien. A partir du moment où je ne m’arrête pas, ça va !
 
On s’arrête au ravitaillement suivant et prenons notre temps pour bien manger de la patate douce avec un bouillon au menu. J’en profite pour rattraper ce que je n’ai pas pu manger avant, puis, après une longue pause, on repart. Comme avant, le fait de m’arrêter a pour principale conséquence les courbatures. 
Brahim, lui, est dans le dur clairement. Il fait durer mais n’a qu’une envie, celle de s’arrêter pour dormir. La longue ascension à flanc de montagne avec une ligne de vie, ajoute bien de la fatigue et du stress, vu l’extrême concentration qu’elle nécessite.
On avance encore un peu ensemble, mais au bout d’un moment il me dit "écoute, j’en peux plus, vas y à ton rythme. Moi je vais avancer encore un peu et verrais. Soit je dors, soit je marche pour le prochain ravito." 
Etant  sur une descente technique, certes, mais ça allait. Je force un peu l’allure et très vite je ne le vois plus. Je trace ma route, la carte indiquait un ravito à moins de 2 km. Après 3 km de descente à fond, toujours rien, je garde donc le rythme. 4ème km, cet effort me coûte et toujours pas de ravito. Cette descente est interminable et un nombre croissant de personnes sont allongées sur le côté.
A force, j’en arrive à un point où je suis à plat. Je n'arrive plus à avancer. Je suis obligé de m’arrêter et même ça je ne trouve pas de bon endroit. Sur le coup, je suis complètement une épave. Mon corps entier réclame le repos, mon corps entier tire et fait mal.
 
Je n’en peux plus, je dois m’arrêter. Et sur une pente légèrement descendante, j’enlève mon sac, le laisse tomber à terre pour m’allonger. J’ai du mal, mes jambes son complètement courbaturées. Je n’ai plus le choix, après 5 min à essayer de m’allonger, je me penche légèrement et je me laisse tomber telle un sac de patates. Je m’allonge, lance mon tel pour avoir l’alarme et ferme les yeux quelques secondes et je n’entends plus que les pas des coureurs qui me doublent et... Vos plaintes ! Car vous devrez attendre pour la suite de cette petite aventure wink

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