Diagonale des fous : à fond la forme - partie 1

Diagonale des fous : à fond la forme - partie 1

Il y a un an, j’avais décidé de participer à la Diagonale des Fous, sans vraiment savoir dans quoi je m’engageais...

Je m’appelle Brahim, je viens de l’Est de la France, d'Alsace plus exactement. Afin de me préparer au mieux sur la distance j’ai participé à l’Ultra Trail du Morbihan, ce qui m’a permis de tester le matériel qui m’a été fourni par Decathlon Hautepierre.

Avec ça, j’ai multiplié les sorties longues, tant et si bien que j’étais presque prêt : il ne me restait plus qu’à faire quelques entraînements. Mais, à deux semaines de la Diagonale, voilà que je me fais une entorse. Conséquence ? Je me retrouvais avec un "poteau" à la place de mon pied.

Une semaine avant la course et après avoir multiplié les séances chez le kiné, j’avais retrouvé un peu de mobilité, mais peu de confiance. Je n'étais pas rassuré puisque mon kiné lui-même me déconseillait de participer à la course.

Je décidais de ne pas l'écouter et me retrouvais (très) rapidement le jour de mon départ. J’avais passé les derniers jours à faire et refaire mon sac pour ne rien oublier (j'ai fais une liste). Puis, le mardi ce fut enfin le départ pour Paris. J’allais prendre un avion qui m’amènerait tout droit à la Réunion.

Mis à part un retard important de l’avion, tout s’etait très bien passé. Lorsque j'aperçu l’île, je ressentis comme un frisson qui me traversait tout le corps. C’était ici que ça allait se dérouler : la montagne que je vis au loin était majestueuse et la grande ville, que je devinais être Saint-Pierre, serait mon lieu de départ et d'arrivée.

Nous avons atterri avec une température estivale de 28 degrés. Le temps de récupérer mes affaires et de sortir, il etait déjà 11h30.

A la sortie, direction le bus jaune qui amène à Saint Pierre. 2h30 plus tard, avec une sieste au compteur pour moi, me voici enfin arrivé. Je me dirigeais donc vers la mairie pour récupérer mon dossard.

Petit hic : la mairie est à 2 km en descente du lieu où je me trouvais et ma valise était en train de lentement rendre l'âme.

J'arrivais presque à destination, lorsque la roue de ma valise abdiquait. Je fus obligé de la trainer sur le reste du parcours. La difficulté était peut-être un présage de ce qui m’attendait le lendemain...

Ayant le ventre vide, mon passage dans le village expo avec le tour des stands fut assez rapide !

Je repartais donc pour chercher le bus, tout en réitérant une marche de 2 km sur la montée. Entre la difficulté avec ma valise et la chaleur de l'île, mon pantalon n’aidant pas du tout dans cette situation, j’ai bien cru que j’allais y passer !

Après une marche que je qualifiais d’interminable, j’arrivais enfin au dépôt des bus.

Tout ceci faisant que j'arrivais complètement vidé à l’appart. Mais je n’étais pas au bout de mes peines... En effet, ma valise ne s’ouvrait plus, le code ne marchait plus, je fus donc obligé de forcer cette dernière !

Après un bon plat de pâtes pour me revigorer, me revoilà davantage en forme. Je préparais une nouvelle fois mes affaires, en prenant le soin de mettre les bonnes affaires dans les bons sacs.

Cette longue journée m’ayant usé, je n’eu pas trop de difficulté à m'endormir.

Le lendemain, il était presque 9h00 quand je me levais. Je préparais une dernière fois soigneusement les sacs en faisant attention de ne rien oublier. J'emportais même quelques charcuteries que j’avais dispatché dans les sacs pour les ravitaillements. 

Après cela, je me postais devant la fenêtre où je regardais la montagne. Je ressentais une grande excitation, mélangée à la crainte et même la peur face à l’inconnu.

Pour tenter de faire passer ce stress, je décidais de regarder "La Petite Maison dans la Prairie"... Oooh, ne riez pas, elle est top cette série laugh

Après avoir bien mangé et refermé ma valise, je finissais de m’habiller. J'avais pris soin de mettre le maillot de la course obligatoire pour le début et je me rendais donc à Saint Pierre où avait lieu le départ de la course dans la soirée.

J’avais, une fois de plus, bien trainé ma valise, car le bus n’amenait pas les participants près du départ. Disons que c'était un échauffement...

J'étais devant les barrières où nous allions déposer nos affaires, point de départ de ce qui allait être ma nouvelle aventure.

Il a fallu que j’attende 18h00 pour qu’enfin les premiers coureurs puissent passer pour déposer leurs affaires. Beaucoup de coureurs se moquaient du fait que j’avais une valise avec moi. Mais bon, si je pouvais la récupérer à l’arrivée, ça me convenait parfaitement, sachant que je n’avais pas d’autre solution ! Beaucoup avaient des cartons en main, des mousses, je ne comprenais pas pourquoi à ce moment là...

Après une première attente qui me parassait interminable, nous pouvions enfin passer. Je déposais la valise, puis les deux sacs au ravito de Cilaos et Sans Soucis.

Je me dirigeais vers le contrôle qui donnait accès à une sorte de grand terrain où nous serions en attente du départ.  

A peine passé, j’en voyais certains qui se précipitaient avec leurs cartons et mousses en mains. Je compris assez vite pourquoi ils en avaient besoin... C’était pour s’asseoir par terre et attendre le départ qui était prévu pour 22h00.

Dans un premier temps je vis Jonathan, un très bon coureur qui a pour objectif 40h ! Autant dire une fusée par rapport à moi. Puis tout de suite après, je croisais Yoan avec qui j’avais déjà couru au Morbihan. Nous convenions donc de faire un grand bout de chemin ensemble.

L’attente était très longue, du coup je partis me ravitailler, manger un morceau. Puis enfin, je me dirigais vers un endroit assez proche du départ, prévu à cet effet par l’organisation.

Après avoir mendié un bout de carton à un coureur qui portait le même prénom que moi, je me posais et j'attendais le départ avec Yoan, mon ami coureur breton.

Que le temps était long, surtout avec ces conditions... Nous avions droit à un concert et tandis que la foule s’amassait, le nombre de coureurs ne cessait de croître. Les messages d’encouragement me permettaient d’attendre.

21h20, on nous demandait de nous lever. La pression augmentait d’un coup. Et moi qui commençais à avoir froid, je fus réchauffé tout de suite. Un frisson nous traversait, mêlé à une excitation extrême.

Malgré tout, nous restions en attente encore 30 bonnes minutes... Après avoir vu au loin les élites passer et prendre des photos, c’était enfin notre tour d’avancer lentement et le cordon de sécurité nous dirigait vers le départ.

C’était fou ! On avançait vers on ne sait quoi, mais pourtant on était tous excités. Complètement réchauffés, Yoan s’accrochait à mon sac afin que l’on ne se perde pas et cela, rien que pour se rendre au départ. La foule était impressionnante et gigantesque sur les deux côtés.

L’excitation était à son comble quand enfin, nous rejoignîmes le départ, à 10 mètres d'où se trouvaient les élites.

Je voyais très bien le compteur qui défilait, les secondes s’écoulaient et j'étais en feu. La foule autour nous acclamait tels des rois, des stars.

J’en profitais pour laisser un dernier message aux personnes qui me suivent, l’émotion était telle, que j’en avais limite les larmes aux yeux.

10 secondes, le compte à rebours commençait, l’ambiance était survoltée.

Je m’appelle Brahim, je viens de l’Est de la France, en Alsace, je suis devant cette ligne de départ parmi 2800 autres fous, tous ensemble, nous ne sommes qu’un minuscule nombre devant l’immense silhouette du parcours qui nous attend ! 5 4, 3... Je ressens une joie immense, celle d’être là parmi ces fous, de participer à cette course, mon cœur bat la chamade.

..2.. Une question me traversait l’esprit. Pourquoi suis-je là ? Pourquoi je veux toujours aller plus loin ? Est-ce vraiment si dur ? Pourquoi une telle course ? Non ! Ce n'est pas le moment de penser à ça...

..1 ! L’espace d’un instant alors que le speaker nous criait "C’est partiiiii", mon corps entier était traversé par un nouveau frisson.

A peine lancé, j'étais à nouveau concentré, mais ce que je vis, c'était hallucinant. Pendant 7km, des deux côtés, les gens criaient et encourageaient, les mains étaient tendues…

J'étais en feu mais l’espace d’un instant, je me disais "S’ils sont tous là pour nous encourager c’est qu’eux, au moins, ils savent ce qui nous attend. Puis assez rapidement, j’éloignai cette idée de ma tête et continuais.

C’était la folie, moi qui pensais avoir vu du lourd à Valence niveau ambiance, il n’en était rien, c’était un niveau supérieur. Alors que nous arrivions sur un pont il y eu un feu d’artifice pour saluer notre départ. Tout était grandiose.

Ce flot de personnes en continu me faisait cavaler tel un lapin et à mesure que les kilomètres défilaient, je me rendais compte que j'étais déjà dans le rouge niveau cardio.

Après avoir trouvé un endroit pour un arrêt au stand, je repartais moins vite. Voyant Yoan en forme, je lui disais « Ecoute, je suis déjà dans le rouge, je vais donc lever le pied.»  Il prit note et continuait à son rythme, tandis que j’avançais au mien.

Au bout de 7 km nous quittions la ville et par la même occasion, nous passions de l’ambiance survoltée des supporters au silence de la nuit : plus de cris, plus de tambours, plus de bravo... On entendait que les bruits des chaussures sur le sol et le souffle des coureurs. Parfois je me retournais et je voyais le long filet des frontales qui s’étirait à perte de vue.

 La température était très chaude, il devait faire dans les 20 degrés. Nous traversions des zones entières de champs de cannes à sucre.

En plus de la température assez chaude, il y avait quelque chose dans l’air qui donnait un goût amer. Si bien que la sueur qui se mélangeait à ce produit donnait envie de vomir à chaque fois que l'on avait ce goût en bouche.

Le parcours était légèrement vallonné, mais pour le moment pas trop difficile. J’avançais donc à mon rythme, en marchant sur les montées et en relance sur les déscentes. A ce moment, mon objectif principal était d’arriver le plus vite possible au km 15 pour éviter les bouchons.

A force d’avancer, je me rendais compte que mine de rien nous grimpions de plus en plus. Nous ne descendions plus et alors que nous arrivions vers le premier ravitaillement du 14ème km, ma montre indiquait déjà 700 mètres de dénivelé positif. Comme nous étions en ville, l’ambiance était à nouveau complètement folle. Comme au départ, il y avait des cris et des encouragements. C’était hallucinant, on aurait dit que personne sur l'île ne dormait.

14,7 km, j’arrivais au premier ravito, à croire que toutes les personnes du départ s'étaient donné rendez-vous ici !

Je ne m’attardais pas sur le ravito et ressortis aussitôt. J’avais tout ce dont j’avais besoin, du coup j’ai tracé direct 15 km ! J'arrivais au bouchon que je voulais éviter, mais non, je n’avais pas été assez rapide. En revanche, nous avancions assez rapidement et à ce moment là, ça grimpait sec ! Fini la partie vallonné, ça piquait clairement et ce ralentissement m’arrangeait vu qu’il m’obligeait à marcher et non à courir.

20ème kilomètre, c’est  fou, j’avais l’impression de ne faire que monter pendant 5 km, avec les 500 mètres de dénivelé positif...  Quand enfin je pus repartir, je me sentais déjà à plat. Heureusement pour moi, il y eu une belle descente qui me permit de relancer la machine. Si bien que je ne sentais pas le froid. Je continuais sur ma lancée en me disant que plus tard je rajouterai une couche.

km 23 : on recommençait à grimper déjà depuis 1 km et ça continuait. Je me demandais dans combien de temps ça allait se finir. J’avançais très lentement et le froid faisait son effet. Une voix m’interpellait alors et c’était Yohan qui revenait à mon niveau. Je l’avais doublé sûrement au ravitaillement. Il me rassurait sur la difficulté du parcours qu’il ressentais lui aussi, c’était du jamais vu.

Nous arrivions ensemble au ravitaillement. Lui allait boire et moi j’en profitais pour enlever mon t-shirt et mettre le pull. Mince, je me rendais compte que je n’avais pas ramené de t-shirt de rechange. Je m'habillais donc sans. Sur le coup je ne pris pas le temps de boire vu que le gobelet était déjà loin. Je me relevais et nous repartions. Alors que je sortais du ravitaillement, je tremblais de tout  mon corps, comme si les couches de vêtements en plus ne faisaient pas effet.

Alors que nous nous enfoncions à nouveau dans la nuit, je dus, une fois de plus, m’arrêter. Je dis à Yoan « ça ne va pas trop, je suis obligé de m’arrêter »  et je lui dis de continuer, que je reprendrais quand ça ira mieux. Alors que je le voyais s’éloigner, je me suis assis sur le bort de la route et j'ouvre mon sac pour chercher un coca que je bu. Les tremblements avaient cessé et je retrouvais mes forces. C’était sûrement un manque de sucre.

Après cinq minutes, je me relevais et recommençait à courir. Au bout de 10 minutes, j'étais à nouveau au top et j’avançais bien, malgré le parcours qui ne cessait de monter.

Alors que j'avançais, ma lumière commençait à clignoter une première fois, puis se relançait. Mais elle recommençait une seconde fois avant de s’éteindre définitivement. J'étais donc dans le noir, pas de coureur à proximité et la seule lumière qui m'éclairait, c'était celle des étoiles.

Encore un peu de patience pour la suite...

 

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