Marathon de la Loire 1ère édition : une sensation étrange

Marathon de la Loire 1ère édition : une sensation étrange

Le mercredi 16 avril 2017 avait lieu le marathon de la Loire à Saumur, un marathon dont je garderais un souvenir à la fois bon mais aussi étrange. 

Un nouvel objectif

6 heures 45 le jour se lève sur Saumur. Je crois que c'est une des meilleures nuits que j'ai faites depuis 15 jours. Hier j'ai appris que les organisateurs avaient accepté Martha KOMU à la dernière minute, alors qu'elle vient de courir le marathon de Paris... Une chasseuse kenyane qui tourne en moins de 2h40 et court après les primes sur bon nombre de marathons français. Passée la déception de voir tout espoir de podium s'envoler, la pression a diminué. Il va falloir se trouver une nouvelle motivation pour aller jusqu'au bout. Un bon moyen de voir ce que j'ai dans les tripes, et dans la tête.

Je me lève avec un nouvel objectif : tenter de passer sous les 2h55, et ramener la prime de 300 euros. Je ne me sens pas franchement les pattes pour un tel exploit. Certes, je suis plus entraînée que pour Nantes, mais je n'ai pas autant bossé que pour Toulouse, et je suis surtout moins en forme. Mais qui sait ? C'est aussi un des charmes du marathon, on ne sait jamais avant le jour J et les 42 kilomètres ce que l'on est réellement capable de faire.

Un point positif pour commencer, la météo est plutôt optimale : frais, très peu de vent et un mélange de soleil et de nuages. La question existentielle du jour est : qu'est-ce que je mets sur mes fesses ? Du court, du mi-long ? Et en haut du gris discret ou  de l’orange flamboyant ? Heureusement que nous sommes à quelques pas du départ ! Jamais nous n'avons eu un hôtel aussi proche, et de ce fait je rejoins le sas des élites en un temps record, presque trop tôt à mon goût. Je ne sais pas trop quoi faire de moi, je traîne, vais faire un dernier pipi au cas où... Comme à mon habitude, je préfère garder mon énergie plutôt que de m'échauffer. Je finis par rejoindre la ligne de départ, avec la sympathique Catherine THOMAS PECQUEUR rencontrée la veille. Nous y retrouvons tous les athlètes masculins, ainsi que Sveltana PRETOT et la fameuse Martha. Je ne me sens pas à ma place au milieu de tous ces braves gens... sans doute mon syndrome de l'imposteur.

« En même temps l'heure n'est plus aux complexes ma p'tite dame, mais à la bataille. Et à défaut de se battre contre les autres, bien trop fortes, il convient de se battre contre soi. Alors prépares toi au combat. »

Une première partie en « mode automatique »

Quelques minutes de retard sur l'horaire pour faire monter le stress, et le départ se fait sur les chapeaux de roues, en montée ! A peine le temps d'apercevoir la Loire que nous bifurquons sur les grands axes ceinturant Saumur. Surtout ne pas s'enflammer, ne pas partir trop vite en se laissant entraîner par tous ces gens bien meilleurs que moi. Il est difficile de se faire une idée de l'allure jusqu'au premier kilomètre, et même si je suis à l'aise, je me doute que mon allure doit être en dessous de celle visée. Et effectivement j'en ai rapidement la confirmation. Nous tournons autour des 4'03 au mille. Je me cale sur un rythme qui ne me paraît tenable sans difficultés, et me colle plus ou moins à un groupe. Au bout d'environ cinq kilomètres, nous rejoignons la route longeant la Loire, et reliant Saumur à Gennes. Nous sommes sur un très léger faux plat montant, et petit vent de face, mais tant mieux car cela signifie que les difficultés seront moindres au retour. Le paysage me fait penser à la coulée verte de Toulouse. A droite la Loire, et tout autour du vert, des arbres, des fleurs...

La température est idéale pour courir. Je suis lancée et bien dans le tempo pour mon objectif. La course s'installe, nous traversons des villages avant de repartir pour notre promenade bucolique. Vers le treizième kilomètre, je me joins plus ou moins à un groupe. Eric voudrait que j'en profite pour rester derrière et m'abriter du petit vent, mais comme d'habitude j'ai du mal. Je déteste cette sensation d'être coincée dans un peloton et de devoir suivre la cadence imposée par d'autres. Il doit aussi y avoir un ressort psychologique du style : «Je ne veux rien devoir à personne. Echec ou réussite, j'en serais seule responsable». A l'occasion du ravitaillement du 15ème où je récupère ma bouteille attitrée (un avantage du sas élite), je me déporte sur le côté. Être en groupe ok, mais pas dans le groupe. Tant pis pour le vent. De toute façon d'ici peu, nous allons traverser le fleuve pour regagner l'autre rive et commencer le retour.

Je cours à l'instinct, sans même regarder vraiment mon chrono. C'est assez étrange comme course pour le moment. J'ai l'impression d'y être sans y être. Mon genou a bien essayé de râler mais je l'ai arrêté immédiatement : « Tais toi, on verra ça demain ». J'avance, bien dans le tempo mais comme détachée de ce que je suis en train de faire, en mode automatique. Au 20ème je suis abordée par un mec avec qui j'ai une discussion sur les acceptations tardives d'élites, ce qui me laisse penser que je ne suis vraiment pas en sur régime, et qui m'occupe gentiment un kilomètre de plus.

Une concentration nécessaire

Après un passage de pont blindé de public (ce qui me donne une dose d'énergie immédiate) nous approchons les 21,100 kilomètres. Allez, je vais quand même jeter un œil averti pour savoir où j'en suis et établir une « stratégie » de course pour la seconde partie. Premier semi en 1h27, sans forcer. Je suis pile dans le chrono pour faire 2h.54 si je ne flanche pas. Je commence à croire que l'objectif du jour est atteignable.

Bizarrement les kilomètres défilent de façon linéaire, sans à-coup majeur. Je discute de temps à autre avec Eric, je m'accroche à un coureur pendant quelques minutes, je regarde le paysage, je me fixe des objectifs intermédiaires et j'avance. Jusqu'au 33ème je ne ressens aucune réelle baisse de régime ou même de fatigue mentale. Pourtant il n'y a pas foule sur cette route nous rapprochant de notre point de départ... et d'arrivée. Le public est disséminé dans les petites bourgades que nous traversons, et mes compères de course se font rares passées les 25 bornes.

Est-ce aujourd'hui, sur ce marathon étrange, que je vais rencontrer « le mur » ? Je crains toujours d'ingurgiter un gel trop tôt ou trop tard, je ne sais jamais trop comment me ravitailler en course. Plus par acquis de conscience que par réel besoin, j'ai gobé un carré de dextrose au bout d'une heure de course. Mais vers le 33, sentant une très légère chute de régime, une vague faiblesse, je m'oblige à prendre un gel aux BCAA et à la caféine. Pas dégueu ce truc dit donc ! Pas trop sucré, un bon goût de café, une texture pas trop écœurante... J'ai bien fait, même si j'en ai plein les doigts. Je suis sûre que d'ici quelques minutes je me sentirais à nouveau en pleine possession de mes moyens. Je m'accroche aux basques d'un type qui semble viser le même chrono que moi, même si c'est un chouia plus dur pour mes jambes. J'arrête de batifoler dans ma tête pour me recentrer totalement sur mon effort. Entre le 36ème et le 39ème, malgré notre retour en ville, je galère un peu. Mais je parviens à tenir le rythme pour 2h54 et quelques. Ça me motive pour passer les petites bosses, les virages, les coups de vent, et les multiples relances... c'est quoi cette torture en fin de parcours ?

Une fin de course en solitaire

Allez, allez, allez.... je m'encourage, je me pousse, je m'exhorte à ne rien lâcher. C'est là que je vais voir si je suis forte dans ma tête, quand ni le podium, ni les primes ne me font de l'œil. 40ème : je mets un coup de cravache. Je suis toujours dans les clous pour passer sous les 2h55. Eric n'est plus là pour me donner les temps de passage, il a renoncé à me suivre dans les petites rues tortueuses et désertes passant sous le château. Très bizarre cette fin de parcours solitaire. 41ème kilomètre : virage à gauche pour rejoindre l'axe et vent de face pour terminer. La bonne blague. Je pousse un peu plus sur les cuisses, aperçois vite fait mon cher et tendre venant en sens inverse. Qu'il semble long ce dernier kilomètre, mais j'y lance mes dernières forces. Lorsque je commence à apercevoir le chrono, je suis toujours sous les 2h54. Trop dingue ! Peut-être que je peux établir mon nouveau record perso. Allez ! Go, go, go ! Les 200 derniers mètres se font enfin sous le regard, et les applaudissements du public. Une nana ayant couru en relais arrive quelques secondes avant moi, et M. Chauvelier, animateur d'un jour, manque presque d'annoncer mon passage sous l'arche. Bip, et hop : 2h54mn15. Quelques secondes de répit et me voilà en train de papoter avec les bénévoles, qui me trouvent bien fraîche. Je retrouve mon lapinou, je profite du traitement privilégié réservé aux élites pour aller me changer, je récupère mon sweat-shirt et ma bouteille de crémant de Loire (sympa la dotation de finisher), quelques photos, quelques échanges avec des coureurs et des membres de l'organisation, et nous repartons comme nous sommes venus. Deviendrais-je blasée ? Je suis contente d'avoir un nouveau marathon à mon palmarès, contente d'avoir parfaitement mené ma course, contente d'avoir rempli le contrat que je m'étais fixé... mais où sont passés les larmes de bonheur, l'implosion de joie, l'incommensurable satisfaction que j'ai pu avoir à Strasbourg, ou Toulouse ? Décidément ce marathon restera un bon mais un étrange souvenir.

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