GRP Hiver, l'ascension du bonheur

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Grand Raid des Pyrénées - 30 km / 2000 D+ - Dimanche 12 mars - Compte rendu

C'était bon, mais c'était dur, c'est sûrement pour ça que c'était bon. Voici un résumé de cette aventure. 30 km en montagne ça peut sembler peu pour certains, beaucoup pour d'autres, mais lorsqu'il y a de la neige, dure, molle, glacée, ça devient tout de suite plus long...

Samedi, veille de la course, je fais une sortie de 11km 900d+ pour découvrir le coin, problème ? Je traine une sale entorse de la cheville depuis fin décembre, en trois mois j'ai fait six sorties maximum car, à chaque fois interrompues par de nouvelles petites rechutes. J'arrive donc sur cette fantastique course la fleur au fusil, loin d'être affûté et j'ai donc eu la bonne idée la veille d'aller crapahuter 2h pour continuer de m'enfoncer, comme pour me donner une excuse au cas où j'échouerais sur la course...

Ce qui devait arriver arriva, rechute de l'entorse pendant la ballade samedi, à 24h de la course. Je passe une sale nuit, je me réveille à répétitions car je sais que la sagesse voudrait que je ne participe pas, j'hésite jusqu'à 4h30 du matin, puis je me lève finalement vingt minutes plus tard pour rejoindre la télécabine qui m'acheminera sur la ligne de départ. Pas fier et peu confiant car je sais que c'est une connerie de participer avec cette entorse. 5h55, la télécabine s'empare de sept autres coureurs et moi même. Il fait nuit noire, personne ne dit un mot et l'ascension qui dure huit minutes en paraîtra deux fois plus. Un vrai silence de mort dans cette télécabine, on voit sur nos visages, des zombies concentrés et déterminés à atteindre leur proie, la ligne de départ.

 

Hebergeur d'image

 

6h30, les chevaux sont lâchés, les dameuses ouvrent le bal, un bal de lumières, de l'orange en amont avec les gyrophares des dameuses et motoneiges, de la blancheur en aval avec les frontales. Dès le départ, ça monte sec, ça réveille, un peu mais pas trop, car on est aussi bercés par les centaines de craquements de la neige sous nos foulées. Au bout de vingt minutes, mon embout du sac d'hydratation se fou en l'air, je me dis que je vais trouver le temps long car je suis couvert comme un Inuit. Finalement, je ne parviens pas à le réparer et je dois utiliser le système D. Pendant deux heures, ça ressemblera à un calvaire, on y voit rarement à plus de 50 mètres. Au sixième kilomètre, la surprise du chef, une torsion à la cheville, celle où j'ai l'entorse, je m'arrête une bonne minute, je me dis que c'est terminé, puis je pose mon cerveau dans le ravin et je repars.

La suite, jusqu'au quinzième kilomètre, est encore un calvaire, des pentes interminables, la neige est glacée par endroit et je fais partie de la minorité de psychopathes à ne pas avoir pris de bâtons pour m'aider, je m'appuie sur les mains comme un singe pour me propulser. Arrive enfin le quinzième kilomètre, le ravitaillement : banane, jambon, soupelette de la duchesse du sommet et abricots secs pendant cinq minutes, je me gave comme une oie, non, comme une colonie d'oies. A l'arrêt, la douleur à la cheville revient puissance dix, comme un iceberg immergé qui ferait surface en quelques secondes. Je me résigne à abandonner, je sais que je n'ai aucune chance de terminer, je suis quasiment dernier, je n'ai que 25 minutes d'avance sur la barrière horaire et il reste encore 15 kilomètres, mais je repars quand même, sait on jamais sur un malentendu ça peut passer...

Jusqu'au 22ème, je profite des soupçons de faux plats pour courir, mais courir dans la neige c'est la misère, je me refais une deuxième torsion à la cheville. Je suis un champion de la connerie, je sais, mais ayant posé le cerveau plus tôt, je continue lancé comme un frelon.  J'ai tout de même bien avancé, en sept kilomètres j'ai gagné 35 minutes sur la barrière horaire, j'ai désormais une heure d'avance sur elle. Au 23ème c'est la dernière grosse ascension, plus de trente minutes où je ne mets pas un pied devant l'autre, je fais un pas, je recule de trois, la pente est raide comme ma cheville. Les cinq derniers seront plus abordables, j'en profite pour jeter les dernières forces dans la bataille. Sur les deux derniers kilomètres, ça remonte mais ça se court, je rattrape plus d'une trentaine de coureurs sur cette dernière portion. Je ne cours pas contre les autres, je cours contre moi-même, mais c'est toujours bon pour le moral de fondre sur les autres comme neige au soleil. A 500 mètres de l'arrivée, j'active les fibres rapides et top... 6h16... Il était temps, il me reste deux pourcents de batterie sur la montre, il aurait pas fallu 1 kilomètre de plus.

De mon humble avis, je pense quand même que ceux qui font du trail avec des bâtons, nous ne faisons pas la même course ni le même sport. C'est très utile j'en suis convaincu, mais j'ai bien vu aujourd'hui sur un revêtement aussi instable que ce n'était pas le même effort. Il ne faut y voir ici aucun reproche c'est simplement une observation. Si le classement avait une quelconque importance, ce qui n'est pas le cas pour moi, il me semblerait légitime qu'il y ait un classement avec les catégories "scratch bâtons" et "scratch sans bâtons". Avec la sortie de samedi, cela me fait du 41 km pour 2900d+ en 24h, on reviendra en août pour le GRP été, ça ne sera pas la même histoire en espérant que le mot cheville n'y trouve plus sa place.

 

Hebergeur d'image

Bilan, une poche à eau en l'air, une cheville laissée à l'abandon dans la vallée, des paysages complètement dingues une fois le soleil installé, des glissades dignes d'Holiday on ice... La cerise sur le gâteau mais dont je me fou un peu : 6h16 en étant blessé, alors que mon objectif fixé et espéré il y a trois mois avant de me blesser était de 6h30.  Clairement, je ne veux plus entendre parler de neige avant l'an prochain, j'ai eu ma dose. Je me demande encore comment j'ai pu terminer cette course quand je regarde ma cheville. Une chose est sûre, j'en ai chié, c'est pour l'instant la course la plus difficile que j'ai courue, dans la neige le difficulté est décuplée et encore plus sur une jambe. Je suis pourtant très heureux, j'ai pris un plaisir fou à courir et à souffrir, c'est mon côté sado-maso. Une mention spéciale à deux participantes, la première était alignée sur le 10 kilomètres et a eu la malchance de se faire une fracture tibia péroné dans une descente. La seconde est la personne qui a prévenu les secours et qui est restée avec. Une autre mention tout aussi spéciale pour l'organisation, les nombreux et chaleureux bénévoles ainsi qu'aux partenaires. Que ce soit sur le 10, le 20 ou le 30 kilomètres, je vous recommande cette course.

Malgré tout cela, presque aucune courbature, la blanche, la neige, la blanche neige, c'est mieux que le dopage.

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(Ça ne vous fera pas courir plus vite mais ça pourra faire des heureux -euses !)

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