Direction Toulouse - Semaine 9 - Le Semi du dimanche

Direction Toulouse - Semaine 9 - Le Semi du dimanche

EPISODE 63 : dimanche 2 octobre 2016

Réveil compliqué. Je n'ai pas assez dormi et plutôt mal. Mon poids a subi une hausse brutale durant la nuit. Bref, le contexte n'est guère favorable. Un coup d'oeil par la fenêtre : du côté de la météo ça m'a l'air plutôt pas mal : frais, gris, mais ni vent, ni de pluie. Le rituel habituel démarre : douche pour se mettre en route, tenue de combat enfilée avec un p'tit sweat en plus pour ne pas attraper froid, et petit déjeuner à doser. De deux choses l'une : soit je ne suis vraiment pas motivée, soit je ne suis vraiment pas stressée... Je traîne, je traîne et je commence à être un peu à la bourre!

J'arrive enfin à décoller de la maison avec 15 minutes de retard et la voiture remplie : sac de sport avec affaires de rechange, sac de piscine pour cet après-midi, sac isotherme avec mon pique-nique...

45 minutes de route plus tard (il faut quand même être passionnée pour se taper autant de chemin pour courir un semi) et je débarque à Selestat... avec mes repères d'il y a deux ans. Et là : surprise, le retrait des dossards, le départ des courses, tout a été déplacé ! « Merde où faut-il que j'aille ? » Je commence à paniquer un peu, je demande ma route à des bénévoles (qu'ils soient bénis tous ces braves gens qui se cassent la tête un dimanche matin à se tenir pendant des heures sur un bord de route!), je cherche une place pour me garer (heureusement que ma Wonder Twingo se range dans de toutes petites places !)... et je finis par sortir de ma voiture moins de 30 minutes avant le départ. Ok, on va assurer le timing, et se dire qu'on n'aura pas le temps de revenir se préparer. Hop je retire ma veste, dévoilant le « magnifique » débardeur de mon club qui me donne un look de camionneur, je remplis mes gourdes, j'accroche ma ceinture, je gobe une vitamine C et 3 BCAA, et voilà : je suis presque prête.

Je trottine jusqu'à la Halle aux Sports pour récupérer mon dossard, et me retrouve embarrassée d'un tee-shirt. « Qu'en faire ? Je n'ai pas le temps de retourner le poser dans ma voiture. Je l'abandonne ? Je le pose aux consignes ? Encore faut-il que je les trouve, et qu'il n'y ait pas trop de monde qui attende. Je fonce aux toilettes pour le dernier pipi de la peur, et j'y croise une autre porteuse du fameux maillot S2A. Quelle chance, elle me propose gentiment de réquisitionner son mec pour me garder tee-shirt, clefs ou tout autre encombrant. Un problème de réglé. Il me reste 10 minutes pour m'échauffer.

Dans la zone de départ, je me fais gentiment refouler. Je n'ai pas le bon numéro de dossard pour accéder au sas élite. Décidément les obstacles s'accumulent sur mon passage. Mais là encore la chance me sourit. J'aperçois Sandra Saalbach, figure des organisations de course en Alsace qui me reconnaissant me donne accès au sas convoité. Ouf ! Nouveau problème réglé.

Pour le coup il ne me reste plus que le problème ultime, que j'aperçois à peine la ligne de départ approchée : Latifa Schuster ! L'athlète locale à abattre en ce moment. Elle enquille compétitions sur compétitions, battant systématiquement ses records sur toutes les distances, depuis le début de l'année. Des rumeurs circulent, sans doute provoquées par la jalousie et une attitude assez méprisante de sa part. Toujours est-il, et quoi qu'il en soit, elle est très, très forte. Je trouve quand même étonnant qu'elle vienne faire un semi en compétition une semaine avant de courir le marathon de Munich. Je m'interroge, je l'interroge et elle me répond qu'elle ne sait pas encore si elle va aller à Munich, qu'elle manque de grosses sorties, qu'elle a fait beaucoup de compétitions... C'est sûr que trois semis en trois semaines juste avant une épreuve de 42 bornes, c'est peut-être un petit peu trop. Moi, je dis ça, je ne dis rien...

Après un rapide tour d'horizon du sas élite, pas de Juliane, et pas de kényanes... Peut-être qu'une russe se cache dans la foule qui s'amasse. Mais pour le moment il y a moyen de faire quelque chose au niveau classement. Au moins de tenter la première place en tant que vieillerie... c'est l'avantage d'être vétérane.

Plus le temps de réfléchir, le coup de feu est donné. Le parcours a été changé cette année, et je n'ai donc aucun de mes repères. Premier kilomètre au feeling. Difficile de faire autrement de toute façon. Tiens, une blonde en tee-shirt rose, là-bas tout devant. Je me disais bien qu'il y aurait une russe, ou une inconnue au bataillon pour troubler la fête. A voir à l'usure... bip : 3'35. Ok, là c'est un peu rapide. Il ne faut surtout pas s'emballer, je ne suis pas sur un dix, et d'ici une heure je vais le payer si je ne me câle pas mieux. Je trouve un groupe de mec qui me semblent tourner à une vitesse plus raisonnable et je me greffe sur leurs pas.

Les trois premiers kilomètres me semblent interminables, même si je tourne entre 3'45 et 3'50. Nous faisons des tours et détours dans des quartiers résidentiels de Selestat où les âmes vivantes semblent bien disséminées en ce dimanche matin. J'entends sur mon passage des gens crier « Allez Caroline !». Une fois, deux fois, qu'est-ce que c'est que ce binz ? Les organisateurs se sont plantés de nom sur mon dossard ou quoi ? Et là surprise ! Au détour d'un virage, je sens quelqu'un se porter à ma hauteur et me caresser le bras. « Salut Claire-Hélène ! ». Oh merde ! Caroline El Himer ! « Mais qu'est-ce que tu fais là ? Je croyais que tu ne courrais pas de semis ? » « Oui, mais le dix partait vraiment trop tôt alors je me suis rabattue en désespoir de cause sur le semi... C'est mon premier alors je vais m'accrocher à toi». « Hum, hum, fais comme tu veux ma belle, mais tu me mets 2 minutes dans les dents sur un dix kilomètres alors je pense que tu peux faire mieux ». En tous cas, ça me fait plaisir de la voir même si c'est une concurrente redoutable, et surtout ça me rebooste. On se câle l'une sur l'autre, et ça va être ainsi tout le long.

Passé le septième kilomètre, j'ai trouvé mon rythme, et un mini groupe pour le maintenir sans trop me faire mal. J'espère que je ne suis pas partie trop vite, parce-que pour le moment je tourne sous les 3'50 alors que dans ma tête je visais 3'55. Mais ça a l'air de ne pas poser de problème à mes pattes et à mon p'tit cœur, donc... Continuons. Nous voilà partis dans les champs, et les rares encouragements sont pour Caroline. « Et moi alors ? » Nous passons le dixième kilomètre en 38'15, à quatre. Un petit groupe qui va rester soudé presque jusqu'à la fin. Je prends mes responsabilités, et me place régulièrement en tête. J'ai toujours du mal à me laisser mener, comme si j'avais l'impression de ne pas être légitime si je cours dans les pas de quelqu'un.

12ème kilomètre : demi tour en direction de Selestat. J'aperçois le Haut Koenigsbourg (c'est choli!), et surtout Latifa quelques mètres devant. « Tiens, tiens... toi ici ?! ». Malgré un p'tit coup de moins bien, peut-être à cause du vent que nous avons maintenant de face, je m'accroche. Je suis toujours sous les 4 au mille, et si ce n'est pas le confort absolu, je ne suis pas non plus en pleine souffrance comme j'ai pu parfois le connaître sur certaines épreuves. Je trouve même cela un peu étonnant. D'habitude j'ai une baisse de régime, soit vers le 11ème soit vers le 17ème km. Mais pour le moment ça roule, alors roulons !

15ème kilomètre en 58 minutes : Punaise, ça dépote ! Et je me suis encore rapprochée de Latifa. Je relance un chouia, et un de mes deux accompagnateurs se colle à mes basques. Je pense qu'il a aussi comme objectif de la remonter. Caroline ne doit pas être loin derrière, même si elle a un tout petit peu décroché. Maintenant dans ma tête j'ai deux buts : continuer à passer tous les kilomètres en moins de quatre minutes, et si je peux, gratter Latifa. J'ai l'impression qu'aujourd'hui c'est faisable. 17ème je suis juste derrière elle. Je l'écoute respirer, tente de jauger son état de fatigue, j'hésite à me lancer aussi loin de l'arrivée. Je pourrais la coller et lui donner l'estocade à quelques mètres de l'arche. Mais est-ce que j'en aurais encore la force ? Je me questionne, et puis je me décide. Qu'est-ce que j'ai à perdre de toute manière ? Il faut savoir prendre des risques dans la vie. Hop ! un coup de rein et je passe devant. Mon accompagnateur suit le mouvement. Je pense qu'il veut m'aider. Je remets un petit coup d'accélérateur, pour prendre l'ascendant psychologiquement sur Latifa. Je connais certaines très bonnes coureuses qui une fois dépassées se démobilisent. Si elle est de ce genre là, elle va craquer, alors je dois m'imposer maintenant. Pendant un gros kilomètre je vais y croire, mais elle va finir par remonter à ma hauteur. Je sens qu'elle est en souffrance, alors que pour ma part, je suis toujours en train de gérer ma course.

19ème, nous sommes toujours au coude à coude. Ça va être un sacré finish cette histoire ! Au 20ème elle reprend un peu d'avance, mais je la colle au train. J'ai toujours espoir que ma ténacité et ma régularité l'emportent sur son jusqu'au boutisme. En même temps j'ai l'impression que j'ai passé l'âge de me mettre minable. Comme si mon cerveau se refusait à ordonner à mes gambettes de se crâmer pour si peu.

21ème nous sommes encore et toujours dans les pas l'une de l'autre. L'arche d'arrivée apparaît et Latifa se lance dans un sprint effréné. Trop tard pour la suivre, la jeunesse a eu le dernier mot. Sa tactique sera payante, même si elle finit en vomissant tripes et boyaux. J'en ai encore dans les pattes pour terminer en accélérant... 4 secondes derrière elle... et 9 secondes devant Caroline. Quelle bataille ! Et surtout quel chrono ! Je pulvérise mon record personnel de presque 1mn.30 ! Jamais je n'aurais rêvé sortir un temps pareil ce matin. Et pourtant je l'ai fait, proprement, sans discussion possible.

En tous cas aujourd'hui je suis la plus heureuse sur le podium. Maintenant je joue dans la cour des grands... ou presque : encore 9 secondes à gratter et j'atteindrais le niveau national. Un nouveau challenge à relever ?

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(Ça ne vous fera pas courir plus vite mais ça pourra faire des heureux -euses !)

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